L’Europe, le monde et les historiens du XXIe siècle : pour une relecture des idées de Pierre Chaunu

Quand :
6 February 2019 @ 9 h 30 min – 7 February 2019 @ 17 h 30 min
2019-02-06T09:30:00+01:00
2019-02-07T17:30:00+01:00
Où :
Mémorial de Caen
Esplanade Général Eisenhower

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Comité scientifique : Jean Pierre Bardet (Paris Sorbonne), Denis Crouzet (Paris Sorbonne), Stéphane Grimaldi (Mémorial), Serge Gruzinski, Alain Hugon (HistTéMé –ex-CRHQ), Jean Pierre Poussou (Paris Sorbonne), François Rouquet (HisTéMé-ex-CRHQ)

Avec le soutien de l’Université de Caen Normandie, de la faculté des lettres de Sorbonne université, du Mémorial de Caen, de l’EA HisTéMé (ex-CRHQ), du Centre Roland Mousnier (UMR 8596), du LabEx EHNE, de la MRSH/Séminaire Temps de l’Empire Ibérique, de l’APHG régionale, Caen la Mer.

Argumentaire

Dix ans après la disparition de Pierre Chaunu (1923-2009), son héritage intellectuel nécessite un premier bilan. Pionnier et passeur, cet historien a bâti une importante œuvre personnelle et fait école dans la deuxième moitié du XXe siècle. Plus largement et de façon diffuse, il a élargi sans cesse le champ des problématiques historiques et proposé diverses méthodes pour les résoudre dont les scientifiques actuels sont comptables. L’objectif de ce colloque est d’examiner les possibles relectures des idées et des concepts nés ou/et diffusés par Pierre Chaunu pendant son demi-siècle de magistère pour en mesurer à la fois l’actualité et les écarts avec les questions actuelles, cela à partir du point de vue d’historiens du XXIe siècle, dont la formation n’a été influencée qu’indirectement par l’enseignement de l’historien. Cet examen impose la prise en compte des profondes mutations qui ont bouleversé les sociétés à l’échelle planétaire, de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours. Plusieurs axes de la production historique de Pierre Chaunu pourront être réexaminés à la lumière des évolutions historiographiques des premières décennies du XXIsiècle : la globalisation, la démographie, les mentalités, l’histoire quantitative et sérielle, mais aussi les problèmes des rapports de l’historien avec ses disciples, ou encore avec ses éditeurs.

Dans quelle mesure le « désenclavement » de l’espace européen au XVIe siècle préfigure-t-il la mondialisation du XXIsiècle ? Un premier axe pourra interroger les travaux de Pierre Chaunu sur l’expansion européenne à l’époque moderne et la première mondialisation ibérique, replacés au sein des différents courants historiographiques de l’histoire coloniale et globale développés à partir des années 1990 (world historyglobal history, histoire atlantique, histoire hémisphérique, etc.). Si Séville et l’Atlantique doit beaucoup au choc de la crise économique de 1929, les bouleversements géopolitiques de la fin du XXe siècle et les interrogations nés de l’âge de la globalisation états-unienne ont eu un impact profond sur les historiens contemporains et leurs travaux. Les communications pourront dès lors interroger les continuités et les décalages entre ces historiographies (d’une approche macroéconomique à la lecture socio-culturelle des colonial studies), tout en réexaminant les concepts employés par Pierre Chaunu : les origines du désenclavement du monde, la prééminence de l’Europe sur la Chine, la conquista comme modèle alternatif à la frontière turnerienne nord-américaniste, etc.

Le second axe propose de réévaluer les catégories et les méthodes de la démographie historique proposées par Chaunu, à l’heure du développement de l’histoire des femmes et de l’histoire du genre. Dans le sillage des transformations scientifiques et médicales, les changements démographiques ont bouleversé les équilibres à tous les niveaux, tant planétaires entre les continents (l’Europe passant de 22% de la population mondiale en 1950 à moins de 10% en 2018) qu’à l’échelle des individus et des structures familiales : les mutations de la condition féminine, les recompositions des familles, les phénomènes de migration constituent autant de processus à réévaluer par rapport aux cadres conceptuels de la deuxième moitié du XXe siècle. La longue durée des comportements démographiques, le « monde plein », le retard au mariage comme « grande arme contraceptive de l’Europe classique », sont autant de notions à réexaminer à la lumière d’une lecture culturelle des catégories de genre.

Le troisième axe met à l’épreuve les liens réels et supposés entre « l’histoire des mentalités » que Pierre Chaunu pratiquait et « l’anthropologie historique ». L’actualité des problèmes dits « religieux » infirme la possibilité d’un désenchantement complet du monde. Elle doit nous amener à reconsidérer l’œuvre et le legs en histoire religieuse de Pierre Chaunu, notamment son Temps des réformes, autant que son enquête sur La mort à Paris, deux travaux qui questionnèrent l’angoisse du monde qui a pu se résoudre par et dans la piété, les rites et les croyances, autant que le désir de réforme, de pénitence et de violence. Qu’une société ou un collectif plus restreint s’assigne une identité de foi unique et militante, qu’ils désignent d’autres groupes comme inassimilables au corps social, que la conversion, la mission ou la violence soient envisagées pour résoudre les tensions et, supposément, pacifier une société entre en forte résonance avec le monde d’aujourd’hui et les problèmes soulevés par Pierre Chaunu. Pour interroger les réalités religieuses de l’époque moderne, Pierre Chaunu s’était fait « historien des mentalités » sensible aux apports de la sociologie, de l’ethnologie et de la psychologie, recourant à des méthodes attentives aux états d’âmes des individus étudiés, à leur inscription dans des espaces et des temps qui façonnaient une forma mentis, à leur participation à des collectifs dotés d’identités fortes et de référents culturels forts, qu’ils soient d’élite ou populaires, laïcs ou confessionnels.

Le quatrième axe interrogera les méthodologies mises en place par Pierre Chaunu, en particulier son inscription dans le courant de l’histoire quantitative et sérielle. Après le virage technologique issu de la révolution informatique, les méthodologies issues du quantitativisme sont-elles encore de mise ? Se sont-elles répandues au point d’être devenues communes ou bien leur mise en cause par d’autres procédés (microstoria, histoire conceptuelle, New literacy studies, etc.…) introduisent-elles de nouvelles pratiques ?

Un cinquième axe proposera des réflexions sur les concepts utilisés par Pierre Chaunu pour interpréter les sociétés : les notions de paix, de décadence et de violence appartiennent à l’histoire et offrent des clés pour analyser les groupes sociaux et leurs activités.

Un dernier axe tendra à examiner les productions historiques de Pierre Chaunu à l’aune de l’histoire culturelle, depuis les relations entretenues avec les éditeurs jusqu’à la question des filiations intellectuelles par les biais des responsabilités au sein de la communauté universitaire (doctorats, laboratoires, etc.). Les diverses entretiens réalisés par Pierre Chaunu permettent d’étudier l’atelier de l’histoire, depuis son egohistoire jusqu’à ses interventions dans la cité comme historien.

Programme

Mercredi 6 février 2019

  • 9h30-9h45 : accueil des participants.
  • 10h : ouverture par Stéphane Grimaldi.

De l’histoire atlantique, histoire hémisphérique, world historyglobal history

Présidence et discutant : Jean-Pierre Poussou (université de Paris Sorbonne).

  • 10h15-10h55 : Sylvain Lloret (Université de Caen), L’Espagne de Pierre Chaunu.
  • 10h45-11H15 : Juan Carlos d’Amico (Université de Caen), Le Charles Quint de l’historien.
  • 11h15-11h45 : Natividad Ferri (Université de Caen / Paris Ouest Nanterre), Systèmes de civilisation et crises dans le paysage démographique indien du Pérou (1532-1980).
  • 11h45-12h15 : Louise Benat Tachot (Université de Paris-Sorbonne), L’Amérique et les Amériques au XXIsiècle.

12h15-12h45 : discussion

Des méthodes de la démographie historique

Présidence et discutant : Jean-Pierre Bardet.

  • 14h15-14h45 : Vincent Gourdon (CNRS/CRM) et Cyril Grange (CNRS/CRM), Histoire religieuse et approche quantitative: les mariages mixtes à Paris.
  • 14h45h-15h15 : Mickael Gasperoni (CNRS/CRM) et David Mano, Les discours testamentaires juifs en Italie centrale à l’époque moderne : une approche comparative (États de l’Église, Toscane).

15h15-15h45 : discussion.

De l’histoire des mentalités à l’anthropologie historique. Rites et religion

Présidence et discutant : Denis Crouzet.

  • 16h15-16h45 : Antoine Roullet (CNRS/CRH), L’historien de la mort.
  • 16h45-17h15 : Nathalie Szczech (Université de Bordeaux), Penser le temps des Réformes. Pierre Chaunu face à l’histoire religieuse européenne du XVIe siècle.

17h15-18h : Discussion

Jeudi 7 février 2019

Des concepts en histoire

Présidence et discutante : Alexandra Merle.

  • 9h00-9h30 : Caroline Callard (université de Paris Sorbonne), L’historien, la mort, l’amas. Quelques remarques sur La mort à Paris de Pierre Chaunu.
  • 9h30-10h00  : Severin Duc (EFR), Pierre Chaunu : Violences de l Ancien et du Nouveau Monde.

10h-10h45: discussion et pause.

  • 10h45-11h15 : Thomas Hippler (université de Caen), La notion de paix.
  • 11h15-11h45 : Lucien Bély (université de Paris Sorbonne), La notion de civilisation dans l’œuvre de Pierre Chaunu.

11h45-12h30 : Discussion

De l’histoire quantitative et sérielle à l’histoire culturelle 1

Présidence et discutant : André Zysberg.

  • 14h-14h15 : Hélène Bonnamy (Archives du Calvados) et Julie Deslondes (Archives du Calvados), Les archives Pierre Chaunu aux AD 14.
  • 14h15-14h45 : Emmanuel Laurentin (France-culture),Faire parler Pierre Chaunu.
  • 14h45-15h15 : Bertrand Müller (Université de Genève),Le nombre et la série: les avatars de l’histoire sérielle.

15h15-15h45 : discussion et pause

De l’histoire quantitative et sérielle à l’histoire culturelle 2

Présidence et discutant : Francois Rouquet (université de Caen Normandie).

  • 15h45-16h15 :Benoit Marpeau (université de Caen), Chaunu et ses éditeurs.
  • 16h15-16h45 : Isabelle Lacoue Labarthe, (Sciences Po Toulouse/LaSSP), P. Chaunu et l’égo-hisoire.

16h45-17h15 : discussion.

17h15 :Conclusion
Denis Crouzet (université de Paris Sorbonne), Alain Hugon (Université de Caen Normandie)