De l’ordre naturel des sexes à la nature des femmes

Auteur-e-s

Français

Qu’elle soit divine, immanente ou physiologique, la Nature est l’argument majeur qui, dans la continuité des Lumières, permet à l’époque contemporaine de justifier, sans la questionner, la domination masculine et l’infériorisation des femmes. Un consensus européen hiérarchise ainsi les sexes en fonction de leur nature : fragiles physiquement et mentalement, sans cesse souffrantes de par leur « organisation », les femmes sont le « sexe faible », soumis naturellement et nécessairement aux hommes, le « sexe fort » auquel est réservée la sphère publique. Le domaine des femmes, de par leur corps, est le privé, la maternité, voire l’amour. Cette naturalisation, aux lourds effets sociaux et politiques, est d’une étonnante stabilité : malgré les progrès scientifiques et la lutte contre les discriminations sexuées, elle ne vacille que dans le second xxe siècle, tardivement remise en cause et pourtant récupérée à leurs fins par des féministes. Au xxie siècle, la naturalisation des sexes retrouve de la vigueur à des fins opposées.

Défilé de la Bund Deutscher Mädel (Ligue des jeunes filles allemandes branche féminine des jeunesses hitlériennes), 1941.

Facebooktwitterpinterestlinkedintumblrmail