(Français) Colloque: Libéralisme et libéraux en Europe occidentale à l’époque contemporaine

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AfficheA4Direction : Dominique Barjot, Olivier Dard, Jérôme Grondeux, Frédéric Fogacci.

Date : 27 et 28 novembre 2014 à Paris.

Partenaires : Labex EHNE (Axe 2).

Argumentaire

Y a-t-il un sens à tenter d’écrire une histoire de la pensée libérale et des courants, intellectuels et politiques s’en réclamant ? La question ainsi posée n’est pas rhétorique. En 1993, le philosophe Jeremy Waldrin, après avoir conclu à une quasi-aporie concernant les origines du courant libéral, n’hésite ainsi pas à écrire dans un article célèbre, « Les fondations théoriques du libéralisme », qu’il est « peu fructueux de chercher des caractéristiques cardinales communes, mais aussi de penser que l’on peut trouver des caractéristiques distinctives ou particulières qui puissent différencier les conceptions d’une tradition de celles d’une autre » (Jeremy Waldron, « Theoretical foundations of Liberalism », in Liberal Rights, Cambridge University Press, 1993, p. 36). L’objet a jusqu’ici surtout été investi par la philosophie politique (Pierre Manent, Lucien Jaume, Alain Laurent), avec une démarche souvent plus généalogique qu’historique.

En somme, le courant libéral apparaît comme un objet historique difficile à saisir, pour différentes raisons. D’une part, il est extrêmement délicat de lui donner un point de départ : si l’apparition du terme remonte au milieu du XVIIIe siècle, il est ardu de dater et de préciser la formalisation d’un courant d’idées en courant politique. D’autre part, on ne peut penser la notion de libéralisme qu’en termes polysémiques. Les libéralismes européens sont fortement liés à des traditions nationales établies et parfois antagonistes : alors que le corpus doctrinal du libéralisme anglais est porteur d’un appareil conceptuel (droits de l’individu, notion de société civile) qui facilite son passage dans le champ politique, il n’en va pas nécessairement de même en France ou dans l’Europe méditerranéenne. Enfin, les points d’application du libéralisme divergent, qu’il s’agisse du domaine économique, du domaine politique ou du domaine social. La dernière difficulté n’est pas la moindre : certains acquis du libéralisme semblent à ce point intégrés dans les fondements juridiques et le fonctionnement des Etats (droits de l’individu, économie de marché, libre-concurrence plus ou moins régulée par l’Etat), que les courants libéraux finissent par souffrir d’un déficit de visibilité : à compter des années 70, le libéralisme est moins défini par ses praticiens que par ses critiques, à travers plusieurs vocables passés dans le langage courant (ultra-libéralisme, libéralisme sauvage, etc.).

En somme, proposer une histoire des libéraux en Europe oblige à adopter une démarche à la fois généalogique (comprendre les blocages idéologiques, l’antagonisme des traditions nationales, le poids de certains héritages, comme l’expérience Guizot en France) et progressive (comprendre le libéralisme comme un courant non pas figé, mais en constante évolution, redéfini par le contexte historique). Plusieurs axes de réflexion animeront ce colloque :

  • D’abord, on tentera de replacer la réflexion dans une perspective de long terme, commençant au XVIIIe siècle avec le « Laisser-faire » de Turgot et les théories d’Adam Smith, pour aller jusqu’aux enjeux les plus contemporains. On n’éludera pas l’étude du passage de l’idée libérale du concept vers le champ politique dans une période courant du XVIIIe au mitan du XIXe siècle, mais également les circulations intellectuelles qui favorisent sa formalisation.
  • Il s’agira également de confronter des traditions nationales parfois différentes, afin d’esquisser une synthèse d’une historiographie européenne jusqu’ici éclatée. Certaines problématiques nationales, comme la difficulté française, à compter du XVIIIe siècle, à faire le lien entre libéralisme politique et libéralisme économique, ne sont pas opératoires dans d’autres pays, comme l’Angleterre. De même, le poids de l’Eglise dans la définition de la tradition libérale peut être fondamental dans certains pays d’Europe Méditerranéenne, bien plus que dans le monde anglo-saxon. Plusieurs problématiques globales seront cependant envisagées (la juridisation progressive du discours libéral, par exemple), comme l’influence de plusieurs penseurs et de plusieurs écoles (Stuart Mill, Croce, Hayek, Tocqueville…).
  • On aura soin de ne pas réduire l’étude des groupements politiques libéraux au simple cadre partisan. D’une part, l’idée d’un  « parti » libéral ne va pas de soi, la diversité des sensibilités et l’individualisme souvent caractéristiques des hommes politiques se réclamant des idées libérales se fondant mal dans un cadre partisan discipliné. Le modèle de l’homme politique libéral est d’ailleurs à questionner, ces figures n’étant pas si nombreuses et clairement identifiables sur la scène politique européenne. D’autre part, les idées libérales se renouvellent et se diffusent fréquemment dans d’autres cadres, les groupes de réflexion (think tanks), la presse, l’université et les organismes de recherche (notamment privés, comme les fondations), terreau qu’il convient d’étudier.
  • On tentera de replacer l’engagement libéral dans la chronologie de l’histoire de l’Europe, afin d’en proposer une vision dynamique et de montrer la capacité des idées libérales à se renouveler et à s’adapter à différents contextes. Etre libéral en 1850, alors que les Etats restent interventionnistes dans l’économie sans avoir encore mis en place de systèmes de protection sociale n’a pas la même signification qu’en 1950, alors que le contre-modèle communiste et la mise en place des Etats-providence en limitent et en contraignent l’expression, ou qu’en 2013, où les libéraux doivent répondre au procès d’intention fait en « libéralisme sauvage » ou en « ultra-libéralisme ». Le positionnement politique des libéraux est également à questionner, l’existence d’un antilibéralisme de droite, conservateur, n’étant pas à sous-estimer. Les crises du XXe siècle amènent le libéralisme à se redéfinir, à se reconfigurer face au rôle toujours croissant des Etats.
  • Enfin, on pensera le libéralisme comme l’objet de moments et d’expériences, d’une part car les partis se réclamant explicitement d’une idéologie libérale sont finalement rarement en situation de responsabilité dans l’histoire de l’Europe contemporaine, surtout après 1945, mais aussi parce que les réformes libérales sont bien souvent menées par des hommes et des femmes étrangers à la famille politique libérale, sous forme de purge, de parenthèse ou de tournant plus que de projet.
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