journée d’étude DAMOCLES

Quand :
11 November 2016 @ 14 h 00 min – 12 November 2016 @ 12 h 00 min
2016-11-11T14:00:00+01:00
2016-11-12T12:00:00+01:00
Où :
Université de Genève - Bâtiment central - Salle : B 101
Rue De-Candolle
Genève
Suisse

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esclavageLa peine de mort est à la vie ce que l’esclavage est à la liberté des individus. Ces deux dispositifs de capture des corps ont connu dans l’histoire leurs partisans et leurs adversaires. Cette journée d’étude vise à croiser les cultures abolitionnistes qui mettent hors jeu la mort pénale et l’esclavage au nom de principes humanistes, religieux, utilitaires, sociaux et politiques. En questionnant les grammaires sociale et intellectuelle des protagonistes de l’abolition et de leurs adversaires, on pourra reconstruire et penser les enjeux croisés de II ces abolitionnismes, comprendre leurs régimes d’historicité à travers les sources, les normes, les institutions, les pratiques et les discours, depuis le milieu du XVIIIe siècle.

Depuis l’Antiquité, quatre techniques punitives du corps en justice cadrent pénalement les sociétés occidentales : exil, amende, mort et enfermement. Depuis le XVIe siècle, la mort pénale est le pivot dissuasif et expiatoire de la justice patibulaire contre la vengeance privée. Le supplice comme peine exprime le monopole pénal de l’État moderne et son application souveraine dans son ressort juridique. Si les philosophes des Lumières ne sont pas a priori abolitionnistes en matière de peine de mort, depuis la publication en 1764 à Milan du Dei delitti e delle pene de Cesare Beccaria, l’abolitionnisme devient une problématique universellement discutée selon ses enjeux moraux, philosophiques, politiques, juridiques et « criminologiques ». Première mondiale en 1770, l’abolition de la peine capitale en Toscane entérine la conception naturaliste que tout individu possède le droit absolu de sa vie. Dès le XIXe siècle, avec l’avènement et la généralisation du régime carcéral comme mode d’application des peines correctives, mais aussi avec la voix de grands abolitionnistes libéraux, humanistes ou chrétiens comme François Guizot, Victor Hugo ou encore Jean-Jacques de Sellon, la mort pénale est remise en question puis progressivement abolie, notamment pour les crimes de droit commun dans les régimes démocratiques, malgré de fortes résistances rétentionnistes (exemples : Pays-Bas, 1870 ; Danemark 1933 ; Suisse, 1942, Italie 1947 après réintroduction par le régime fasciste ; Royaume-Uni, 1973, France 1981). Comprendre la culture abolitionniste dans le champ pénal consiste à en repérer la temporalité, les acteurs, la rhétorique, les enjeux institutionnels et sociaux, les applications concrètes et l’imaginaire.

Les problématiques liées à la traite atlantique et à l’esclavage pénal renvoient elles aussi à des formes d’institutionnalisation. Bien que souvent considérés comme contraires au droit naturel, traite et esclavage constituent en effet des pratiques devenues institutions du fait de la légitimité qui leur est conférée par le pouvoir d’Etat, le droit des gens et les arguments issus de formes de naturalisation empruntant à l’histoire et aux textes sacrés. Sortir de l’engrenage négrier et esclavagiste implique de recourir à l’Etat ins tituteur du fait social, chargé, par les abolitionnistes, d’y mettre un terme par la loi. Si les critiques de la traite, de l’esclavage et de la peine de mort sont anciennes, l’idée de leur possible abolition est, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, d’une nouveauté de nature révolutionnaire. Dans les deux cas, cependant, les modes de mise en œuvre du projet abolitionniste apparaissent très largement réformistes.

Plusieurs phénomènes interrogent. Comme la concomitance historique des deux phénomènes, et le fait que des individus (comme Hugo ou Condorcet), aient pris position en faveur des deux abolitions. Pour autant, les deux processus n’ont jusqu’ici jamais fait l’objet d’une comparaison. Croiser l’abolitionnisme de la mort pénale avec celui de la traite et de l’esclavage doit permettre de mieux comprendre les enjeux communs et divergents de ce double abolitionnisme, moral et utilitaire. N’est-il pas à la fois le reflet et l’un des moteurs d’une anthropologie moderne de l’individu dans les régimes libéraux et démocratiques, ainsi que d’une forme d’économiemorale du salut ?

L’enjeu est d’autant plus important qu’il dépasse de loin ces deux abolitions. A partir du XVIIIe siècle, ce sont en effet d’autres « institutions » que des hommes et des mouvements se donnent pour objectif d’abolir, qu’il s’agisse de la piraterie, de la guerre, de la prostitution, de la mendicité, ou encore de la violence humaine à l’encontre des animaux. Il y a donc bien une ère ou un temps des abolitions. L’objectif est de les analyser de manière croisée afin de mieux discerner ce qui les rapproche et les sépare.

Programme

Vendredi 11 novembre : Discours et figures


14h00 Accueil des participants

14h15 Introduction
Présidence : Marco Cicchini (UNIGE-DAMOCLES)

14h30 Olivier Grenouilleau (Université Paris IV) : La grande moralisation du monde. Regards sur l’ère abolitionniste

15h00 Elisabeth Salvi (UNIGE, DAMOCLES) : Jacques Pierre Brissot de Warville : l’abolitionnisme universaliste— peine de mort et esclavage

15h30 Elodie Le Garrec (Nantes) : Abolir l’esclavage, abolir la peine de mort : deux rhétoriques révolutionnaires comparées

16h00 Discussion et pause
Présidence : Vincent Fontana (UNIGE-DAMOCLES)

16h45 Morgan Guivarc’h (Université de Lorient) : Victor Hugo : abolir l’esclavage et la peine de mort

17h15 Michel Porret (UNIGE, DAMOCLES) : La mort comme peine : images et imaginaire abolitionnistes

17h45 Discussion

 

Samedi 12 novembre : Combats et extensions


Présidence : Fabrice Brandli (UNIGE-DAMOCLES)

09h00 Roger Botte (EHESS) : Les combats pour l’abolition de l’esclavage au XXe siècle

09h30 Frédéric Charlin (Université de Bourgogne) : L’universalisation de la personnalité juridique : l’abolition de l’esclavage colonial et de la mort civile en France

10h00 Discussion et pause
Présidence : Ludovic Maugué (UNIGE-DAMOCLES, Chercheur FNS senior à l’HESAV)

10h30 Valérie Piette (Université libre de Bruxelles) : Abolir la prostitution

11h00 Jean-Michel Guieu (Université de Paris-1 Sorbonne) : Abolir la guerre

11h30 Conclusions

 

Télécharger le programme complet : abolition