Appel à communication : L’homme augmenté en Europe : rêve et cauchemar de l’entre-deux- guerres

Journées d’études
Lille, 12-13 décembre 2019
« L’homme augmenté en Europe : rêve et cauchemar de l’entre-deux- guerres »

LabEx EHNE Sorbonne Université
Chaire Ethique, technologie et transhumanismes – Laboratoire ETHICS (EA7446)
Université catholique de Lille

Présentation :

Le transhumanisme contemporain, né à la fin du XXe siècle, est souvent rapproché de précédents soit par les transhumanistes eux-mêmes, soit par les observateurs, critiques ou non. La période d’entre-deux-guerres concentre les filiations. Il peut s’agir de penseurs comme Julian Huxley, John Haldane ou Jean Coutrot. Il peut s’agir aussi de courants de pensée comme l’eugénisme considéré dans sa diversité. Doit-on théoriser là un proto-transhumanisme (Bostrom) ? En effet, pour Bostrom l’entre-deux-guerres porterait en germe, dans la pensée de nombre d’intellectuels de l’époque, toutes les caractéristiques du transhumanisme contemporain. Au contraire,

Umberto Boccioni, dessin pour Dynamisme d’un cycliste, 1913 (droits réservés)

pour nombre de critiques du transhumanisme, celui-ci ne serait qu’une reformulation de la pensée eugéniste de l’époque, et de ses aberrations. Ces rapprochements servent bien souvent des vues partisanes et n’aident pas forcément à y voir clair. Ils se confrontent à trois écueils : celui de réduire les filiations du transhumanisme à la généalogie d’une occurrence en se contentant de recenser celles et ceux qui en ont employé le terme, sans tenir compte qu’un mot ne dit pas tout ni toujours la même chose ; celui d’élargir indéfiniment le transhumanisme en y intégrant toutes les idées «progressistes», «technicistes», «futuristes» ou les imaginaires technologiques d’une époque, au risque de perdre finalement l’objet dans une nuit où toutes les vaches sont noires ; enfin, celui de rechercher dans le passé des conceptions actuelles du transhumanisme, et d’en interpréter les sources pour y découvrir les signes de présence de ce qu’on y projette.

Il semble cependant que s’immerger dans l’entre-deux-guerres permettrait de clarifier la réflexion. En effet, nombre de penseurs de l’époque, dans l’espace européen, ont porté le vœu d’élever l’homme au-delà de sa condition « naturelle » par différentes techniques, que celles-ci modifient les comportements, les corps, ou les aspirations humaines. Entre les deux guerres, des débats ont lieu un peu partout en Europe (France, Angleterre, Italie, Russie, Allemagne, Espagne…). Des intellectuels, des scientifiques, des industriels et politiques concourent à l’élaboration de discours qui configurent différemment les rapports entre le politique et le technologique. Certains mouvements ont déjà été bien balisés et étudiés. On y compte, entre autres, un certain nombre de régimes totalitaires qui visent, par la coercition politique, l’avènement d’un «homme nouveau» né de la refonte des structures sociales, économiques et culturelles de la nation. Les tenants de la pensée eugénique défendent pour leur part une configuration biopolitique (qui peut être aussi totalitaire), où la technologie et la politique s’absorbent mutuellement dans une mission de contrôle des naissances et de l’hérédité à des fins d’amélioration des populations. A ces deux premiers types de discours s’en rajoute un troisième, d’ordre capitaliste et technocratique, qui voit dans la rationalisation des politiques publiques, la gestion ingénieuriale des institutions et la diffusion des technologies au sein de l’espace social, les moyens privilégiés de la résolution des problèmes humains et d’une forme nouvelle d’épanouissement humain.

Au regard de cette première ébauche d’une typologie des régimes de pensée de l’entre-deux-guerres, rien ne permet a priori de conclure que l’époque portait en ses germes tous les traits du transhumanisme actuel, ou que ce dernier ait procédé de l’un de ces courants d’idées à l’exclusion des autres. Cette incertitude historique demande de réinterroger les sources du transhumanisme, à l’écart des écueils mentionnés plus haut : l’homme augmenté du transhumanisme serait-il né à l’occasion de rencontres entre penseurs de l’homme nouveau (systèmes totalitaires), de l’homme sélectionné (pensée eugénique) ou de l’homme domestiqué par la technique (régime technocratique) ? Si tel est bien le cas, pourrait-on isoler ces rencontres, et retracer l’histoire des idées auxquelles elles ont donné naissance ? A moins que l’histoire des idées de l’entre-deux deux-guerres puisse permettre d’isoler l’apparition d’un courant d’idées qui ne procède pas des idéologies modernes de l’homme nouveau, de l’homme sélectionné ou de l’homme domestiqué – bien qu’il leur fut contemporain et en fut inévitablement marqué. Mais quels seraient les représentants historiques de ce courant et leurs interactions avec les autres intellectuels de leur époque ? Quels seraient les traits distinctifs, les sources et la nature d’un tel mouvement transhumaniste sur la période étudiée, si tant est qu’il puisse se distinguer des autres imaginaires anthropologiques de l’époque ? Si nous formulons l’hypothèse que certains travaux de

Jean Coutrot, de John Haldane ou de Julian Huxley pourraient être considérés comme les précurseurs d’un tel mouvement de pensée (lequel n’aurait peut-être que peu de ressemblance avec nos représentations présentes du transhumanisme), d’autres voix au plan européen ont pu contribuer à l’avènement d’une telle voie. Elles formeraient l’étoffe d’un réseau continental plus large qui demande encore d’être éclairci par l’analyse historique et philosophique.

Nous nous proposons d’ouvrir ce dossier par une enquête comparative entre les différents contextes européens. Cette enquête devra s’attacher à définir clairement les types de projets sur l’homme élaborés dans l’entre-deux-guerres, leur nature, le sens des mots mobilisés par les discours qui se sont approprié cette question sur le continent européen. L’enquête proposée doit porter sur la circulation des idées, des réseaux et des échanges humains qui les ont rendu possibles. Elle aura pour objectif, d’une part, de détailler et de discuter l’hypothèse de l’émergence d’un courant de pensée « transhumaniste » dans l’entre-deux-guerres et d’autre part d’en isoler les significations par rapport aux transhumanismes contemporains, quitte à en proposer une autre dénomination si nécessaire. L’enquête doit permettre d’autre part de baliser des critères d’identification d’un transhumanisme de l’entre-deux-guerres, en laissant ouverte la porte aux interrogations sur la nature de l’objet étudié : idée mobilisatrice, courant de pensée, école, imaginaire sociotechnique.

Soumettre un abstract

Les abstracts (500 mots maximum) peuvent nous être envoyés, en français comme en anglais, sous format MS Word à : franck.damour@univ-catholille.fr
Nous vous demandons de nommer et soumettre votre abstract de la manière suivante : Soumission : Prénom Nom. docx (ou.doc) /.pdf (Exemple : « Soumission : MaryAndy.docx »)

Echéances

Les abstracts peuvent être soumis jusqu’au 25 juin 2019.
Les notifications d’acceptation seront communiquées le 20 juillet 2019 au plus tard aux auteurs.
Les auteurs dont l’abstract est accepté recevront toutes les informations nécessaires à leur venue.

Comité d’organisation

• Franck Damour, Université Catholique de Lille, France
• Olivier Dard, Sorbonne Université, LABEX EHNE, France • David Doat, Université Catholique de Lille, France

Comité scientifique

• Francesco Paolo Adorno, Università degli studi di Salerno, Italie • Jenny Andersson, Sciences Po Paris, France
• Stéphane Cormier, Université de Bordeaux, France
• Fabien Ferri, Université de Franche-Comté, France
• Jean-Yves Goffi, Université Grenoble Alpes, France
• Hélène Machinal, Université de Bretagne Occidentale, France • Barbara Meazzi, Université Côte d’Azur, France
• Alexandre Moatti, Université Paris-Diderot, France

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Appel à contributions : Séminaire, « Le pontificat de Pie XII (1939-58) à la veille de l’ouverture des archives vaticanes : bilans historiographiques et perspectives de recherche »

Séminaire
Le pontificat de Pie XII (1939-58) à la veille de l’ouverture des archives vaticanes : bilans historiographiques et perspectives de recherche

Dates :
17 octobre 2019 (Lyon), 28 novembre 2019 (Bordeaux), 30 et 31 janvier 2020 (Paris)

Institutions organisatrices :
CNRS – Centre Émile Durkheim ; CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) ; École française de Rome ; Institut catholique de Paris ; LabEx EHNE (Écrire une histoire nouvelle de l’Europe) ; LARHRA – Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes.

Comité d’organisation :
Magali Della Sudda (CNRS-Centre Émile Durkheim), Fabrice Jesné (École française de Rome), Frédéric Le Moigne (CRBC-Université de Brest), Marie Levant (LabEx EHNE-Sorbonne Université), Laura Pettinaroli (Institut Catholique de Paris), Christian Sorrel (LARHRA-Université Lyon 2).

Date limite d’envoi des propositions : 15 juin 2019

Modalités :
Les propositions sont à soumettre à l’adresse seminairepiexii@gmail.com, sous la forme d’un argumentaire de 2000 signes précisant l’atelier et la journée du séminaire concernés, accompagné d’une bio-bibliographie de 700 signes. La notification d’acceptation des propositions sera adressée début juillet 2019.

Objet du séminaire

Le 4 mars 2019, le pape François annonçait l’ouverture, prévue pour le 2 mars 2020, des archives vaticanes concernant le pontificat de Pie XII (1939-1958). Cette nouvelle a suscité l’attention de l’opinion publique internationale. Sur cette période très riche tant pour l’histoire politique, religieuse que culturelle de l’Europe et du monde, les perspectives s’annoncent vastes et aiguisent les appétits historiens.

Dans ce contexte d’ouverture prometteuse, ce séminaire propose d’établir un état des lieux de l’historiographie abondante – et souvent polarisée – sur le pontificat du pape Pacelli, mais aussi d’identifier des pistes d’études, tout en nourrissant une dynamique collective de recherche.

Sans isoler le pontificat de Pie XII des périodes antérieures et postérieures, ni limiter la réflexion aux seules sources romaines, ce séminaire entend faire le point sur l’état de l’art tout en intégrant les impulsions issues des chantiers ouverts sur les fonds d’archives vaticanes disponibles depuis les années 2000 (Saint-Office, Concile Vatican II, Pie XI, etc.). Le séminaire ne cherche donc pas à faire un bilan exhaustif mais plutôt à mettre en valeur des thématiques innovantes et susceptibles de fédérer les recherches à venir en histoire et en sciences sociales.

Afin de favoriser les échanges, chaque séance proposera :
– le matin : une session plénière ouverte (synthèses historiographiques) ;
– l’après-midi : des ateliers thématiques fermés (présentation de recherches en cours et

discussion), qui font l’objet de cet appel à contribution. La prise en charge des frais de déplacement par le laboratoire invitant n’étant pas systématique, seules des aides ponctuelles pourront être accordées.

Le séminaire se déroulera en trois séances thématiques à Lyon, Bordeaux et Paris.

Séance 1 – Régulations ecclésiales des mutations culturelles et religieuses

Lyon (Maison des Sciences de l’Homme), jeudi 17 octobre 2019
Organisation : Frédéric Le Moigne (CRBC-Université de Brest) ; Christian Sorrel (LARHRA- Université Lyon 2).

Argumentaire :
Cette première journée aura d’abord un caractère introductif. Au cours de la séance plénière de la matinée, des réflexions générales seront proposées sur ce cycle préparatoire à l’ouverture des fonds Pie XII, l’expérience acquise par les chercheurs dans les fonds Pie XI et les principaux enjeux de la recherche à venir.
L’après-midi sera plus immédiatement consacrée aux « régulations ecclésiales des mutations culturelles et religieuses » durant le pontificat. Comment comprendre l’Église et le gouvernement de l’Église face aux crises et aux profondes transformations qui traversent l’institution autant que la société, après 1945 mais certainement aussi dès les années de guerre ? On s’intéressera notamment aux modalités du gouvernement de l’Église universelle, à la gestion des rapports aux « autres » chrétiens, ainsi qu’aux questions théologiques, pastorales et liturgiques.

Ateliers thématiques :

A/ Centre et périphérie : de la curie romaine aux diocèses et aux frontières de l’Église. Il s’agit d’aborder le gouvernement de l’Église catholique durant le pontificat en évoquant les acteurs, clercs et laïcs, le poids du contexte et de l’événement, la gestion des crises marquantes pour les Églises nationales, ainsi que les voies de la centralisation et de la mobilisation des foules (congrès internationaux, année sainte, etc.). On s’intéressera également à la régulation, en interne, de la diversité (Églises orientales, « Jeunes Églises » extra-européennes). Les contacts institutionnels avec d’autres réalités ecclésiales mais aussi d’autres religions, dans un contexte bouleversé par la Shoah et l’élan œcuménique d’après-guerre, seront par ailleurs envisagés.

B/ Théologies, liturgies : romanité et pluralité. Le triomphe de l’école romaine du thomisme n’a pas entravé toute lecture divergente de la tradition thomiste ni supprimé la recherche prudente de voies alternatives. Les disciplines théologiques constituent un observatoire privilégié des tensions entre le centre et la périphérie, mais aussi des tensions internes aux Églises nationales et des régulations imposées par le centre ou demandées par lui aux instances nationales.

C/ Culture, sciences humaines, sciences pastorales : un dialogue en tension. La condamnation du « modernisme » à l’aube du XXe siècle semblait avoir établi l’Église catholique dans le refus définitif de toute « modernité ». Très vite, la crise « moderniste » n’a cessé de rejouer et le défi des sciences et de la culture modernes s’amplifie au temps de Pie XII. Entre rejet et transaction partielle, les sciences pastorales et la culture catholique doivent relever ce défi au prix de multiples tensions qui font écho aux déplacements des enjeux du champ intellectuel (psychanalyse, littérature, arts, etc.).

 

Séance 2 – Les apports des fonds de la papauté à l’étude des processus de politisation : mobilisations, démocratie, champ politique

Bordeaux (Centre Émile Durkheim), jeudi 28 novembre 2019
Organisation : Magali Della Sudda (CNRS-Centre Émile Durkheim)

Argumentaire :
Le pontificat de PieXII s’étend sur une période cruciale pour les régimes politiques contemporains. Entre 1939 et 1958, l’Europe est bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. Les documents conservés aux Archives secrètes vaticanes apportent un regard inédit sur les régimes totalitaires et la question de la politisation. Au sortir de la guerre, la bipolarisation du monde et sa partition s’accompagne d’une intense activité de mobilisation des citoyens et citoyennes. Dans les démocraties libérales, le vote des femmes pose question et suscite les premières enquêtes internationales de science politique sous l’égide de l’UNESCO. Les démocraties occidentales se structurent autour des formations partisanes, et l’Église joue un rôle discret ou explicite dans la mise en place du champ partisan. À côté des partis, les forces syndicales s’organisent et participent à la mise en place des politiques de citoyenneté sociale dans le cadre des États-Providence. Ces formes instituées de la représentation politique et professionnelle ne résument pas à elles seules les mobilisations et processus de politisation. Les organisations féminines « parapolitiques » sont mises en place pour encadrer les femmes et la jeunesse. Elles s’inspirent des mouvements d’action catholique initiés par Benoît XV et développés sous Pie XI, à leur apogée dans les années 1950. Le pontificat est aussi marqué par l’ébranlement des empires coloniaux. Dans les conflits d’indépendance, le rôle de l’Église a été réévalué tant dans sa dimension de médiation politique locale que dans l’action des chrétiens dans les mouvements anti-colonialistes.
Cette journée de travail a pour ambition de réunir politistes, historiennes et historiens spécialistes et non-spécialistes de l’Église pour proposer un état des lieux de la littérature et élaborer un programme de recherche à partir de trois thématiques principales.

Ateliers thématiques :

A/ Les formes instituées de la représentation politique : continuités et ruptures (1939-1958). Il s’agit d’aborder ici la question des formes instituées de la participation politique. La structuration de l’offre politique à travers les partis, et en particulier la démocratie chrétienne ou le rapport au communisme, pourront constituer des thèmes de travail.

B/ Politisations et société civile : la citoyenneté à l’épreuve du suffrage universel. La suppression des libertés civiles dans certains États pose la question de la participation en dehors des formes habituelles de la politique. Au sortir de la guerre, l’élargissement de la citoyenneté politique aux sujets des colonies françaises, et des femmes dans l’ensemble des pays interroge. Comment les femmes vont-elles voter ? Comment l’Église va t-elle préparer ces citoyennes et participer à leur entrée dans la civilisation électorale ? L’élargissement du suffrage invite à réfléchir sur les modalités spécifiques de la politisation et sur l’émergence d’une société civile.

C/ De la défense des travailleurs à la représentation professionnelles : travail et syndicalisme.

Les régimes autoritaires ont proposé des formes d’encadrement des travailleurs dans des systèmes corporatistes. Les syndicats renaissent au sortir de la guerre et sont appelés dans de nombreux États à prendre part à la mise en place des États-Providence. Parallèlement, les courants progressistes qui avaient émergé dans les années 1930 se recomposent et sont, pour certains, fermement condamnés, comme les prêtres ouvriers.

 

Séance 3 – Souverainetés et système international : le Saint-Siège, les États, l’humanitaire

Paris, jeudi 30 et vendredi 31 janvier 2020

Argumentaire :
Ces deux journées portent sur les enjeux internationaux du pontificat, abordés par le biais des relations inter-étatiques, mais aussi à l’échelle supra-étatique et sous l’angle de la question humanitaire. Si le mode de présence du Saint-Siège dans les relations internationales a nettement évolué depuis la perte des États pontificaux en 1870 puis sous l’effet de la Première Guerre mondiale et la création de l’État de la Cité du Vatican en 1929, l’après-1945 constitue cependant un tournant majeur.

On s’intéressa donc aux positionnements du Saint-Siège dans un système international bouleversé par la guerre, puis profondément recomposé à la fois par les débuts de la décolonisation, la bipolarisation de la Guerre froide, l’élaboration d’une Europe unie à l’Ouest, mais aussi la mise en place d’un multilatéralisme d’une ampleur inédite. Comment la vieille machine de la diplomatie vaticane anticipe-t-elle et accompagne-t-elle ces bouleversements et ces reconfigurations ? L’accent sera mis en particulier sur la question des réfugiés, dans le contexte de la Shoah et des persécutions commises par le régime nazi et ses alliés, mais aussi des flux migratoires intenses au lendemain du conflit, en Europe et au Moyen-Orient, puis dans le sillage des conflits coloniaux. Au-delà de la question des « silences » du pontife, que peut-on dire de l’œuvre d’assistance et de la diplomatie humanitaire du Saint-Siège et des organismes catholiques, de leurs enjeux et de leurs limites ?

 

30 janvier, Institut Catholique de Paris – Le Saint-Siège et les mutations de la souveraineté : les États et le supranational
Organisation : Laura Pettinaroli (Institut Catholique de Paris)

Ateliers thématiques :

A/ Effondrement de l’ordre international : la Seconde Guerre mondiale. Cet atelier met l’accent sur la guerre, qui transforme la relation du Saint-Siège avec les États (diplomatie de paix, relations avec les gouvernements en exil et les puissances occupantes, mais aussi avec les mouvements – plus ou moins institutionnalisés – de résistance, etc.). Le cas de l’Italie pourra plus particulièrement attirer l’attention. Les communications relatives aux nouveaux armements, aux violences de masse et au règlement de la guerre sont également encouragées.

B/ La Guerre froide : le Saint-Siège dans un monde bipolaire. Comment le Saint-Siège pense-t-il le monde bipolaire et sa progressive structuration, sur les plans idéologiques, économiques et militaires ? Alors que le Saint-Siège a mis l’accent, depuis Benoît XV, sur une stricte impartialité, comment se positionne-t-il dans un monde dont le Magistère catholique a condamné doctrinalement l’un des pôles ? Quel est le rapport entretenu avec les non-alignés et les pays « tiers » ? Comment envisager la réconciliation et la notion de paix dans un monde divisé ? Le cas de l’Allemagne – pays que le pape Pacelli a bien connu – pourra être plus particulièrement évoqué.

C/ Reconfigurations supranationales : système des nations unies, Europe. Si la mise en place de la Société des Nations en 1919 s’était accompagnée d’hésitations, l’établissement du système onusien, avant même la fin de la Guerre, est précocement salué par Pie XII. Même si les modalités de participation à l’Assemblée générale de l’ONU mettent près de vingt ans à être précisées, des collaborations poussées ont lieu, dès la fin des années 1940, entre représentants du Saint-Siège et certaines agences onusiennes. Dans le même temps, l’Europe apparaît comme un espace spécifique à reconstruire, sous le signe de l’unité mais aussi de la vocation chrétienne, suscitant à la fois des enthousiasmes et des réactions de rejet.

 

31 janvier, LabEx Écrire une histoire nouvelle de l’Europe, Maison de la Recherche de Sorbonne Université – Le Saint-Siège et la personne humaine dans un monde global : défis post-coloniaux, migratoires et humanitaires
Organisation : Marie Levant (LabEx EHNE-Sorbonne Université)

Ateliers thématiques :

A/ Le Vatican, l’Église et le monde décolonisé (Moyen-Orient, Tiers Monde). Comment la diplomatie vaticane appréhende-t-elle le processus de décolonisation ? Des lignes directrices peuvent-elles être repérées, selon les espaces, selon les Empires coloniaux, selon des scansions chronologiques ? Ce processus suscite-t-il des réflexions théologiques ou sociales particulières ? S’il sera utile de revenir sur la guerre d’Indochine et sur celle d’Algérie, l’accent sera mis aussi sur le Moyen-Orient, notamment autour des Lieux Saints et de la création de l’État d’Israël, sur lesquels les recherches récentes ou en cours sont nombreuses, ainsi que sur la situation spécifique du Liban.

B/ Exils et migrations : diplomatie vaticane et question humanitaire. Alors qu’il a été beaucoup écrit sur l’Église et la papauté face aux crimes de masse du nazisme, la réflexion à l’échelle du pontificat conduit à interroger la question humanitaire dans une perspective globale. Face à l’ampleur sans précédent de la question migratoire au lendemain du conflit – 40 millions d’exilés et de réfugiés en Europe et au Moyen-Orient, et bientôt en Asie du Sud-Est –, alors que progresse le statut juridique des réfugiés – Convention de Genève de 1951 –, et que les chrétiens d’Orient entrent à la fin des années 1950 dans une nouvelle phase d’épreuve, quelles sont les modalités et les relais empruntés par la diplomatie humanitaire du Saint-Siège, mais aussi par la pastorale migratoire de l’Église ?

C/ Papauté pacellienne et droits humains. Dès les années 1930, le Magistère pontifical intégra graduellement les droits de la personne humaine. Si ce processus ne s’impose qu’au Concile Vatican II, il connaît, à l’épreuve de la Guerre, une étape cruciale. Cet atelier se penchera sur la question et ses soubassements tant politiques que théologiques, en s’intéressant notamment aux hésitations romaines devant la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et aux réceptions de l’institutionnalisation d’une justice pénale internationale.

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Appel à communications : La guerre de Crimée, la première guerre moderne européenne ?

Colloque international organisé par le Centre d’histoire du XIXe siècle, le LabEx EHNE et le Centre de recherches en histoire des Slaves (UMR SIRICE)

La Guerre de Crimée (1853-1856) reste délaissée dans l’historiographie française du fait militaire. Elle n’a fait l’objet que de synthèses déjà anciennes et a connu pendant longtemps un relatif désamour, en étant associée, selon l’historiographie de la IIIème République, au Second Empire dont il fallait effacer la trace. L’étude la plus solide et la plus récente (1995) est à mettre sur le compte d’Alain Gouttman. Toutefois, si son travail se montre particulièrement érudit et objectif, il reste néanmoins fortement marqué par un tropisme encore net pour l’histoire-bataille. Ce retard de l’historiographie française est d’autant plus regrettable que la guerre de Crimée s’écrit à l’étranger, particulièrement en Angleterre, dans le cadre d’une histoire renouvelée des conflits de plus en plus souvent abordés dans une approche pluridisciplinaire.
En effet, la Guerre de Crimée marque, avec la Guerre de Sécession (1861-1865), un tournant historique et anthropologique majeur dans l’histoire du fait militaire, témoignant de transformations profondes dans la façon de combattre mais également dans le rapport qu’entretiennent les sociétés avec la guerre, que ce soit pendant ou après le conflit.
Ce colloque a donc pour ambition d’inscrire la guerre de Crimée dans cette nouvelle façon d’écrire l’histoire des conflits, en insistant sur trois aspects fondamentaux :

1) L’importance de l’anthropologie historique de la guerre moderne comme clé de compréhension des combats, des stratégies employées, du vécu et des sentiments des combattants, des relations réciproques entre la guerre et les sociétés.
2) La dimension transnationale, en introduisant une histoire comparée du conflit. La confrontation d’histoires croisées permettra de sortir du cloisonnement imposé par les seules approches nationales. Surtout, la guerre de Crimée ne devra pas être uniquement vue de l’Occident, il faudra donc évaluer sa perception et ses répercussions dans le monde russe et dans le monde ottoman.
3) La dimension socioculturelle du conflit et sa mémoire. La guerre de Crimée influence la société par l’investissement médiatiques, économique et symbolique de l’État, de l’armée et des civils.

Tenant compte de cette triple démarche méthodologique, nous avons décidé d’organiser le colloque autour de quatre axes majeurs.
I) Guerre et diplomatie
Dans cet axe teinté de géopolitique, il sera aussi bien question des causes de la guerre, des motivations des belligérants et des conséquences du conflit sur la diplomatie. La guerre de Crimée sera ainsi replacée dans le double contexte séculaire du concert des nations et de la question d’Orient. Si les causes religieuses du conflit ont probablement été surévaluées, les raisons économiques et le contrôle des Détroits sont au cœur des problématiques de la diplomatie européenne. La rupture de l’équilibre diplomatique qui avait été maintenu, bon an mal an, depuis 1815 est également un sujet de préoccupation majeure des cabinets et pousse à des réflexions sur le droit international et sur la paix du continent européen qui conduisent au traité de Paris (30 mars 1856).

II) Vivre la guerre

La guerre de Crimée marque des bouleversements importants dans l’expérience des combats par les soldats. L’évolution des techniques d’armement (le fusil à canon rayé, les obus explosifs) et des stratégies militaires (apparition de la guerre de tranchées) accroît les risques, les atteintes corporelles et la létalité. Des nouvelles blessures apparaissent, tandis que le choléra décime les troupes. Ceci pousse alors à créer de nouvelles structures d’encadrement médical (rôle de Florence Nightingale, de Valérie de Gasparin, d’Elena Pavlovna). On se mobilise également à l’arrière, comme en témoignent les nombreuses souscriptions levées pour les familles des soldats morts et blessés en France et en Angleterre, ainsi que le travail mené par Anatole Demidov vis-à-vis des blessés et des prisonniers dans toute l’Europe.

III) Économie, société et opinion publique
L’impact de la guerre de Crimée dépasse de très loin le cadre des simples opérations militaires. Une véritable économie de guerre se développe avec le recours à l’emprunt et l’émergence d’entrepreneurs de guerre. Dans le cas ottoman, l’investissement militaire est décisif dans la création de la Banque impériale ottomane qui conduit à la mise sous tutelle par les puissances européennes d’une Sublime Porte surendettée. Les sociétés vivent également au rythme de la guerre. Une véritable « union sacrée » se met en place dans tous les États, bien alimentée par des gouvernements qui cherchent à mobiliser leurs opinions publiques contre l’ennemi. En effet, ce rôle accru de l’opinion publique est d’autant plus évident que le traitement de l’information militaire connaît des modifications majeures avec l’émergence du télégraphe et de la photographie.

IV) Images, représentations et mémoire
La vision de la guerre est transformée et pousse ainsi à utiliser les leviers de l’histoire culturelle (importance de l’art dans la guerre), de l’histoire des représentations et de l’histoire des imaginaires. Bien que le culte de l’officier héroïque soit maintenu (Saint-Arnaud en France, Gortchakov en Russie), les simples soldats trouvent leurs lettres de noblesse, comme en témoignent les nombreux monuments aux morts qui leur sont dédiés. De fait, la guerre de Crimée possède une
dimension mémorielle très forte, comme l’attestent ses retombées en matière de toponymie et sa place dans les références historiques de certains dirigeants politiques actuels.

Comité d’organisation
Marie-Pierre Rey (Université Panthéon-Sorbonne, SIRICE), Éric Anceau (Sorbonne Université, LabEx EHNE), Jean-François Figeac (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXème siècle).

Conseil scientifique
Éric Anceau (Sorbonne Université, LabEx EHNE),
Yves Bruley (Ecole pratique des hautes études),
Walter Bruyère-Ostells (IEP d’Aix-en-Provence),
Lorraine de Meaux (Université Panthéon-Sorbonne),
Hervé Drévillon (Université Panthéon-Sorbonne, directeur de la recherche historique au SHD),
Anne-Laure Dupont (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXème siècle),
Edhem Eldem (Collège de France, chaire d’histoire turque et ottomane),
Jean-François Figeac (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXème siècle),
Orlando Figes (Birkbeck College de Londres),
Hubert Heyriès (Université Paul Valéry/ Montpellier III),
Catherine Horel (Université Panthéon-Sorbonne, SIRICE),
Jean-Noël Luc (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXème siècle),
Silvia Marton (Université de Bucarest),
Nicolae Mihai (Université de Craiova),
Catherine Mayeur-Jaouen (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXème siècle),
Marie-Pierre Rey (Université Panthéon-Sorbonne, SIRICE),
Odile Roynette (Université Bourgogne Franche-Comté),
Özgür Türesay (Ecole pratique des hautes études).

Centres de recherches
Centre d’histoire du XIXème siècle,
LabEx EHNE,
Centre de recherches en histoire des Slaves (UMR SIRICE).

Institutions partenaires : Fondation Napoléon, Service historique de la Défense.
Langues du colloque : Français / Anglais.
Lieu du colloque : Paris-Sorbonne

Dates importantes
Date limite de soumission des articles : 30 janvier 2019.
Réponses : février-mars 2019.
Notification du programme définitif : 15 mai 2019.
Colloque : du 7 au 9 novembre 2019.

Communications
Une proposition de communication comportant un titre et un court résumé (2000 signes maximum), accompagnée d’un CV, doit être adressée avant le 30 janvier 2019 à l’adresse suivante : francfigeac@yahoo.fr

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Appel à communication : Correspondants de guerre : aire latine 1918-1939

Université d’Angers, 9-10 mai 2019

Co-organisation : Sorbonne Université / Université Savoie Mont Blanc

Problématiques générales, synthèse

Quelles sont les soubassements et les expressions idéologiques, politiques, socio-culturels et/ou esthético-littéraires qui composent la figure aux contours multiples du correspondant de guerre dans l’entre-deux-guerres, spécifiquement dans l’aire latine, à la fois théâtre de conflits et pourvoyeuse de correspondants dans le monde entier ? En quoi cette figure diffère-t-elle de celle des écrivains-voyageurs ? Et dans quelle mesure ces deux modèles se ressemblent-ils ou se fondent-ils ? Quels sont les impacts des conflits intermédiaires des années 1918-1939 sur le renouvellement de la fonction des correspondants de guerre ? Enfin, sachant que la plupart de ces conflits naissent en tant que conséquences des visées impériales de régimes antiparlementaires à vocation révolutionnaire (guerres coloniales ou résistances anticoloniales, internationalisation des révolutions rouges, noires ou brunes, tensions géopolitiques entre démocraties et régimes totalitaires ou autoritaires, etc.), en quoi les correspondants de guerre de cette époque de transition sont-ils le produit de ces bouleversements civilisationnels, et, surtout, en quoi sont-ils le signe avant-coureur de la catastrophe redoutée d’un second conflit mondial, dont la guerre d’Espagne est par excellence la “répétition générale” ?
Quoique circonscrite à l’aire latine et à ses colonies (principalement France, Italie, Espagne, Portugal et leurs colonies, sans exclure l’Amérique latine) les études proposées pourront évidemment porter sur des correspondants de guerre provenant d’autres aires géographiques (Allemagne, Grande-Bretagne, États-Unis, Union soviétique etc.), pourvu qu’ils opèrent dans l’aire latine.

Les propositions de communication (3000 signes espaces compris, au maximum : français, anglais, italien et espagnol comme langues de référence) sont à adresser d’ici le 1 er novembre 2018 aux organisateurs :
Manuelle Peloille (Université d’Angers) : manuelle.peloille@univ-angers.fr 
Olivier Dard (Sorbonne Université/LabEx EHNE) : olivierdard@orange.fr
Emmanuel Mattiato (Université Savoie Mont Blanc / LLSETI) : emmanuel.mattiato@univ-smb.fr

Comité scientifique :
François Cochet (Université Paul Verlaine),
António Costa Pinto (Université de Lisbonne),
Olivier Dard (Sorbonne Université),
Yves Denéchère (Université d’Angers),
François Hourmant (Université d’Angers),
Michel Leymarie (Université de Lille),
José Ferrándiz Lozano (Universitad de Alicante),
Emmanuel Mattiato (Université Savoie Mont Blanc),
Barbara Meazzi (Université Nice Sophia Antipolis),
Didier Musiedlak (Université Paris Nanterre),
Anne-Sophie Nardelli (Université Savoie MontBlanc),
Manuelle Peloille (Université d’Angers),
Francesco Perfetti (LLUIS Guido Carli),
Ana Isabel Sardinha (Université Sorbonne Nouvelle),
Frédéric Turpin (Université Savoie Mont Blanc).

 

Appel à télécharger : Appel_Correspondants de guerre
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Appel à communication : Construire l’alliance Les modalités de mise en œuvre de l’engagement de la France dans l’Europe médiane de l’entre-deux-guerres (1917-1939)

Organisation :
– Matthieu Boisdron, Doctorant Sorbonne Université Sirice / Chargé d’enseignement Université de Nantes
– Gwendal Piégais, Doctorant Université de Bretagne occidentale, Brest

Date limite de candidature : 2 novembre 2018

Contact: construirelalliance@gmail.com

Dates : 9-12 octobre 2019

Lieu : CEREFREA / Villa Noël – Bucarest, Roumanie

Alors que le sort des armes reste incertain sur les champs de bataille de la Grande Guerre, de nombreux décideurs politiques et militaires français nourrissent déjà des projets ambitieux pour la France de l’après-guerre, notamment à l’Est. Que cela soit dans le cadre de l’alliance franco-russe, de son soutien au royaume serbe ou de l’oreille attentive prêtée aux revendications indépendantistes au sein de la Double-Monarchie, la France entend projeter son influence diplomatique, militaire et économique en Europe médiane, et en récolter les fruits à l’heure de la victoire. Ces ambitions se concrétisent tout d’abord par des missions politiques et militaires. On peut penser en premier lieu à celle d’Albert Thomas auprès du Gouvernement provisoire russe, puis par la suite à la mission Berthelot en Roumanie, aux missions militaires françaises en Pologne ou auprès de la jeune armée tchécoslovaque. Les premiers ponts entre la France et les nouveaux États de l’Europe médiane sont donc jetés très tôt.

Parallèlement à ces réflexions, dès le 14 août 1920, la Tchécoslovaquie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (SHS) et la Roumanie se promettent une assistance armée en cas d’agression de la Hongrie. Les deux tentatives de restauration manquées de l’ex-empereur Charles à Budapest en mars et octobre 1921 incitent bientôt les trois pays à renforcer leurs liens. Plusieurs accords bilatéraux sont ainsi conclus : entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie le 23 avril 1921, entre la Roumanie et le Royaume SHS le 7 juin 1921, enfin entre la Tchécoslovaquie et le Royaume SHS le 31 août 1922. Mais cette dynamique d’entraide est à relativiser car l’alliance est ouvertement et exclusivement tournée contre le révisionnisme hongrois et, dans une moindre mesure, bulgare. Par conséquent, le Royaume SHS n’est pas protégé contre les revendications italiennes et la Roumanie ne peut compter sur aucune aide face à l’Union soviétique qui revendique toujours activement la Bessarabie. Enfin, la Petite Entente est affaiblie par l’absence de Varsovie qui entretient de bonnes relations avec Budapest et un lourd contentieux avec Prague sur la question du territoire disputé de Teschen (Cieszyn). Toutes bénéficiaires du statu quo post bellum, mais entretenant entre elles des divergences parfois sévères, ces nouvelles puissances régionales avaient intérêt à s’associer à la puissance militaire continentale majeure qu’était la France afin d’empêcher les puissances révisionnistes de remettre en cause le règlement de la paix.

Après la révolution bolchevique de 1917, la France ne peut plus compter sur l’allié russe des premières heures de la Grande Guerre. Elle cherche donc à constituer dans l’Est européen une alliance de revers efficace afin de garantir sa sécurité en cas de relèvement de l’Allemagne. Après quelques hésitations, notamment quant à la politique à suivre vis-à-vis de la Hongrie en particulier et de la zone danubienne en général, elle accompagne le mouvement initié par la Petite Entente et contribue ainsi à l’élaboration de liens diplomatiques, économiques et militaires solides avec les puissances neuves ou refondées qui ont émergé dans le sillage des traités de paix. Déjà liée à la Pologne depuis le 19 février 1921, la France s’allie à la Tchécoslovaquie le 25 janvier 1924. Par les accords de Locarno du 16 octobre 1925, l’Allemagne reconnaît ses seules frontières occidentales. En revanche, concernant ses frontières orientales, elle accepte seulement de signer un traité d’arbitrage avec la Pologne et la Tchécoslovaquie. Cette situation pousse la France à s’engager davantage. Une alliance militaire entre Paris et Prague est ainsi signée le 16 octobre 1925, le jour même de la signature des accords de Locarno. Le 10 juin 1926, la France paraphe un protocole similaire avec la Roumanie avant de faire de même avec le Royaume SHS le 11 novembre 1927.

Néanmoins, les alliances conclues entre la France, les États de la Petite Entente et la Pologne sont de portée très générale et s’avèrent concrètement peu efficientes. Dans ce contexte marqué par une indéniable frilosité à graver dans le marbre des engagements tangibles, comment les responsables des ces pays ont-ils cherché à mettre en musique ces accords diplomatiques ? Si cette thématique a déjà fait l’objet, dès la période considérée, d’une vaste littérature, la question a essentiellement été examinée au niveau des relations bilatérales à haut niveau (chefs de gouvernements, chancelleries diplomatiques…) entre les pays d’Europe de l’Ouest et l’un ou l’autre acteur régional de l’Europe médiane. La transition politique de la fin des années 1980 puis la perspective de l’élargissement de l’Union européenne au début des années 2000 ont fortement contribué à unrenouvellement de ces questions au tournant des années 1990/2000. Depuis lors, l’intérêt porté à ce moment de l’histoire européenne a quelque peu fléchi. Les commémorations annoncées autour de la fin de la Grande Guerre offrent l’occasion de réinvestir ce champ d’étude et cela d’autant plus qu’une nouvelle génération de chercheurs européens, polyglotte, a devant elle le chantier de la mise en dialogue des corpus archivistiques nationaux et de l’analyse de la prise de décision aux échelons intermédiaires de la hiérarchie.

L’objectif de ce colloque est ainsi d’éclairer les initiatives pratiques conjointes entre la France et l’ensemble des pays alliés de l’Europe médiane au cours de l’entre-deux-guerres pour construire de façon concrète l’alliance entre les partenaires. Car ce sont bien leur conjugaison qui forment système. Les propositions de communications devront donc mettre l’accent sur :

  • Les logiques croisées, voire transnationales, à l’œuvre dans la constitution de ce système d’alliance ;
  • Les aspects militaires de ce système d’alliance : les manœuvres conjointes des armées et l’élaboration de schémas tactiques communs, la formation des officiers via les écoles militaires, les échanges de personnels, les interactions entre états-majors, les circulations doctrinales d’emploi des forces et leur réception, la diffusion des publications militaires, la place des langues nationales et de la langue française comme vecteurs de communication ;
  • Les aspects politico-diplomatiques de ce système d’alliance : l’élaboration de plans stratégiques communs, les échanges et la nature des relations entre services de renseignements, la coopération policière pour les affaires communes ;
  • Les aspects industriels et financiers de ce système d’alliance : les cessions ou prêts de matériels militaires, les modalités de leur financement, la constitution d’entreprises communes ou la prise de participations, la compatibilité des matériels et l’articulation de leur utilisation entre pays acquéreurs ;
  • Les aspects techniques de ce système d’alliance : le développement de l’expertise dans la prise de décision, la reconfiguration réglementaire, normative et institutionnelle des jeunes États de l’après 1920, le dialogue et les échanges entre administrations ;
  • Le rôle des acteurs et des réseaux animateurs de ce système d’alliance : diplomates, militaires, hauts fonctionnaires, industriels et financiers, experts et intellectuels, partis politiques… ;
  • La « culture d’alliance » que les pays de l’Europe médiane et la France réciproquement cherchent à construire dans leurs opinions publiques ;
  • Les mémoires de l’alliance entretenues pendant la Guerre froide et dans le cadre de la construction du projet politique européen.

On insistera sur la collaboration de la France avec les puissances membres de la Petite Entente (Tchécoslovaquie, Roumanie, Royaume des Serbes, Croates et Slovènes) – et de ces puissances entre elles –, mais les communications sur les liens avec les autres puissances alliées ou partenaires de la région (Pologne, États baltes et Finlande, Grèce, Turquie), voire avec les puissances révisionnistes (Russie soviétique, Hongrie, Bulgarie) sont évidemment les bienvenues.

Les propositions de communication, d’une page maximum, devront être envoyées, accompagnées d’un CV académique d’une page également en format PDF, pour le 2 novembre 2018 a : construirelalliance@gmail.com. Les contributions se feront essentiellement en français mais les propositions en anglais seront également favorablement accueillies. Toutes les informations pratiques sont disponibles sur le site internet du colloque : https://construirelalliance.wordpress.com.

 

Appel à télécharger : colloque_bucarest_oct-2019

Comité scientifique

  • Balázs Ablonczy, Université Eötvös Loránd (ELTE) de Budapest
  • Krisztián Bene, Université de Pécs
  • Louis Clerc, Université de Turku
  • Olivier Dard, Sorbonne Université
  • Isabelle Davion, Sorbonne Université
  • Frédéric Dessberg, Université Panthéon Sorbonne, Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan
  • Olivier Forcade, Sorbonne Université
  • Jean-Noël Grandhomme, Université de Lorraine
  • Frédéric Guelton, Service historique de la Défense (SHD)
  • Catherine Horel, Université Panthéon-Sorbonne
  • Alexandra Iancu, Université de Bucarest
  • Marek Kornat, Académie polonaise des Sciences
  • Roman Krakovsky, Écoles des hautes études en sciences sociales (EHESS)
  • Christine Manigand, Université Sorbonne Nouvelle
  • Silvia Marton, Université de Bucarest
  • Vojislav Pavlovic, Institut d’études balkaniques de Belgrade
  • Traian Sandu, Université Sorbonne Nouvelle
  • Andrei Sora, Université de Bucarest

Comité d’honneur

  • Élisabeth Du Réau, Université Sorbonne Nouvelle Paris III
  • Istvan Majoros, Université ELTE de Budapest
  • Antoine Marès, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Tomasz Schramm, Université de Poznan
  • Maurice Vaïsse, Sciences Po Paris

Modalités de transport, d’hébergement et de restauration des participants Les frais de transport seront pris en charge selon une limite forfaitaire qui reste à ce jour à définir ; le solde pouvant être couvert par le laboratoire ou l’université de rattachement. L’hébergement sera assuré ainsi qu’une partie de la restauration (les déjeuners ainsi qu’un dîner).

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Appels à contributions de l’Encyclopédie pour une Histoire Nouvelle de l’Europe.

L’Encyclopédie EHNE est à la recherche de nouveaux auteur.es :

L’Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l’Europe cherche de nouveaux auteur.es pour enrichir les entrées de ses différentes thématiques :

  • L’Europe comme civilisation matérielle
  • L’Europe dans une épistémologie du politique
  • L’humanisme européen
  • L’Europe, les Européens et le Monde
  • L’Europe des guerres et des traces de guerres
  • Une histoire genrée de l’Europe
  • Traditions nationales, circulations et identités dans l’art européen

Il s’agit d’écrire de courtes notices (7000 signes), à destination d’un large public et proposant une réflexion nouvelle sur l’histoire européenne. Ces dernières seront traduites en anglais (et en allemand à moyen terme) et pourront faire l’objet de valorisations pédagogiques et scientifiques dans le cadre de nos différents partenariats (Maisons de l’Europe, Toute l’Europe, Laboratoire d’Innovation Pédagogique sur l’Europe).

Nous vous proposons de contribuer à ce projet en rédigeant une notice sur l’un des thèmes suivants :

 

Axe 1 – L’Europe comme civilisation matérielle

Pour l’ensemble thématique « Le tourisme en Europe », la notice :

  • « Mobilités et destinations touristiques en Europe de l’Est »

Personne à contacter : labexehne1@gmail.com

Axe 2 – L’Europe dans une épistémologie du politique

Pour l’ensemble thématique « Les modèles politiques pour faire l’Europe », les notices :

  • Les gauches radicales en Europe (Les modèles politiques pour faire l’Europe)
  • Européisme et internationalisme (Les modèles politiques pour faire l’Europe)

Pour l’ensemble thématique « L’Europe et la gestion des conflits », la notice :

  • L’Europe, l’ONU et la gestion des conflits

Personne à contacter : labex.ehne2@gmail.com

Axe 3 – L’humanisme européen

Pour l’ensemble thématique « Les humanistes et l’Europe – mythes et réalités de l’Europe de la Renaissance »,

  • Le mécénat princier dans l’Europe de la Renaissance

Pour l’ensemble thématique « Les espaces parallèles de l’Europe de la Renaissance », la notice :

  • L’utopie dans l’Europe de la Renaissance (de Thomas More à Campanella)

Pour l’ensemble thématique « Projets d’Europe unie », la notice :

  • Les Etats-Unis d’Europe

Personne à contacter : humanisme.ehne@gmail.com

Axe 4 – L’Europe, les Européens et le monde

Pour l’ensemble thématique « L’Europe et la régulation juridique des relations internationales », les notices :

  • Les traités inégaux avec la Chine
  • La cour européenne des droits de l’homme

Pour l’ensemble thématique « L’Europe et la traite Atlantique », la notice :

  • Les Européens et l’abolition de la traite (des Noirs)

Personne à contacter : labexehne4@univ-nantes.fr

Axe 5 – L’Europe des guerres et des traces de guerre

Pour l’ensemble thématique « Violences de guerre », la notice :

  • La torture comme instrument de guerre

Pour l’ensemble thématique « Vainqueurs vaincus », la notice :

  • Pillages et spoliations

Personne à contacter : labexguerres@gmail.com

Axe 6 – Une histoire genrée de l’Europe

Pour l’ensemble thématique « La prostitution (XIXe-XXIe siècles) : De la traite des blanches à la traite des êtres humains », la notice :

  • La prostitution coloniale

Pour l’ensemble thématique « Genre et circulations en Europe », la notice :

  • Le genre des migrations dans l’Union européenne (du traité de Maastricht à aujourd’hui)

Pour l’ensemble thématique « Gagner sa vie en Europe, une affaire de genre », la notice :

  • Genre et monde rural

Personne à contacter : genreeurope@gmail.com

 

Modalités de proposition :

Les personnes intéressées sont invitées à contacter les responsables éditoriaux des notices faisant l’objet d’un appel. Elles soumettront à cet effet un résumé de 80 mots qui synthétisera les principaux éléments de la notice et insistera sur la dimension européenne du sujet et son intérêt pour une histoire nouvelle de l’Europe.

Description du projet :

ehne.fr est une Encyclopédie bilingue et numérique pour une histoire nouvelle de l’Europe. Elle est l’un des projets phares du LabEx EHNE (Ecrire une Histoire nouvelle de l’Europe) et propose des approches transversales de l’histoire européenne du genre, des guerres, de l’art, des circulations et des réseaux, des grandes idéologies et débats politiques. Elle s’intéresse aux fondements culturels et religieux de l’Europe et porte un regard sur les relations entre l’Europe et le monde.

Destinée aux citoyens, aux chercheurs, aux étudiants, l’encyclopédie numérique offre un contenu innovant sous un format original, fruit de la recherche actuelle :

  • des notices de synthèse rédigées par des spécialistes qui proposent de nouvelles façons de découvrir, de penser et d’étudier l’histoire de l’Europe.
  • Différents supports multimédia enrichis d’illustrations issues de fonds iconographiques inédits et de vidéos provenant des fonds de l’Institut national de l’audiovisuel.

Dans cette perspective, elle offre aux enseignants de nombreux outils de valorisation pédagogique.

 

Comité de rédaction de l’Encyclopédie EHNE :

Éric Anceau
Alain Beltran
Lucien Bély
Éric Bussière
Virginie Chaillou-Atrous
Pierre Couhaut
Denis Crouzet
Olivier Dard
Corine Defrance
Christine Gouzi
Cyril Grange
Stanislas Jeannesson
Anne Jusseaume
Élinor Kelif
Léonard Laborie
Marie Levant
Antoine Marès
Hélène Miard-Delacroix
Fabrice Micallef
Jeanne Moisand
François-Xavier Nérard
Laurence Nye
Simon Perego
Clyde Plumauzille
Yannick Ripa
Mathilde Rossigneux-Méheust
Claire Sanderson
Dany Sandron
Guillaume Tronchet
Fabrice Virgili
Tom Williams

Éditrice

Sonia Bledniak

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Chaire d’excellence : Johannes Paulmann (axe 2)

Johannes Paulmann est l’un des deux directeurs de l’Institut d’histoire européenne de Mayence (Institut für europäische Geschichte Mainz), institution partenaire du LabEx EHNE depuis 2015, et professeur d’histoire contemporaine à l’université Johannes Gutenberg de Mayence. Il a été professeur invité à l’université de Montréal, à la London School of Economics et à l’université d’Oxford. Ses recherches portent sur les phénomènes et les acteurs transnationaux en Europe ainsi que sur l’histoire de l’aide humanitaire. Il achève par ailleurs actuellement un ouvrage de synthèse sur la croyance dans le progrès en Europe entre la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle. A l’Institut d’histoire européenne, il co-dirige, avec Irene Dingel, l’encyclopédie d’histoire européenne en ligne « Europäische Geschichte Online », encyclopédie jumelle de l’Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l’Europe du LabEx EHNE.

Il a notamment publié : Die Haltung der Zurückhaltung: Auswärtige Selbstdarstellungen nach 1945 und die Suche nach einem erneuerten Selbstverständnis in der Bundesrepublik, Bremen, KaisenStiftung, 2006 ; Pomp und Politik: Monarchenbegegnungen in Europa zwischen Ancien Régime und Erstem Weltkrieg, Paderborn, Schöningh, 2000 ; Staat und Arbeitsmarkt in Großbritannien: Krise, Weltkrieg, Wiederaufbau, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht,  1993.

Accueilli au sein de l’axe 2 « Epistémologie du politique » de mars à juin 2018, il donnera plusieurs séminaires sur les questions migratoire et humanitaire aux XIXe et XXe siècles, et aidera à la tenue d’un atelier sur les perspectives de recherche offertes par l’histoire de l’humanitaire en Europe et au Moyen-Orient. Il présentera également le projet de l’encyclopédie « Europäische Geschichte Online » et les tendances récentes de l’historiographie allemande.

 

Séminaire Migrations et mobilités en Europe aux XIXe et XXe siècle
Nous organisons avec Johannes Paulmann le séminaire Migrations et mobilités en Europe aux XIXe et XXe siècles.
La première séance s’est tenue, avec Delphine DIAZ, vendredi 30 mars, et a porté sur Les réfugiés politiques en Europe, XIXe-XXe siècles.

La deuxième séance se tiendra le jeudi 12 avril, de 17h à 19h, à l’Institut Historique allemand, et portera sur Translocalisme et fluidité des frontières. Johannes Paulmann interviendra en anglais et la discussion se tiendra en français.

La troisième séance se tiendra le mardi 22 mai, de 10h à 12h, à la Maison de la Recherche, et portera sur L’humanitaire et les médias, XIXe-XXe siècles. Johannes Paulmann interviendra encore en anglais et la discussion se tiendra en français.

Ce cycle se terminera par l’atelier L’humanitaire : nouveau champ pour une histoire nouvelle de l’Europe, qui se tiendra courant juin.

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Appel à communication : L’argent immoral et les profiteurs de la guerre (1870-1945)

Cet appel à contributions concerne un colloque sur l’argent immoral et les profits de guerre dans des périodes de conflits et de sorties de guerre, en Europe, de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle. Ce colloque s’inscrit dans une série de manifestations scientifiques organisées par un groupe international de recherche sur la corruption politique. Plus concrètement, il s’agit d’un projet franco-allemand, en partenariat entre les universités de Paris-Sorbonne, d’Avignon, de Darmstadt et de Francfort (projet POCK2, ANR-DFG). Ce projet est soutenu par des équipes de l’université autonome de Barcelone, du New Europe college (Bucarest) et de l’université libre d’Amsterdam, dans le cadre du GDRI « politique et corruption » (GDRI 842 CNRS).

En France, la question des profits de guerre a fait déjà l’objet de travaux dans le cadre de recherches sur l’épuration économique après le second conflit mondial, et ce tout spécialement dans le cadre du groupement de recherche (GDR) 2539 du CNRS « Les entreprises sous l’occupation ». En regard, les conflits de 1870 et de 1914-1918 ont été beaucoup moins étudiés. Le colloque entend se concentrer sur les accusations de corruption lancées contre les entreprises qui ont réalisé des profits élevés en temps de guerre ou immédiatement après. Les exemples français et allemands seront privilégiés mais sans exclusive. D’autres cas pourront être présentés et étudiés, pour des pays de l’aire européenne entre le dernier tiers du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle.

Le poids des guerres comme temps forts historiques généraux n’a pas besoin d’être souligné. On relèvera cependant toute leur importance pour ce qui concerne les systèmes de normes publiques à l’heure où la contradiction potentielle entre gains individuels et intérêt collectif est exacerbée. Dans un tel contexte, des sacrifices considérables sont accomplis au nom du salut national et de la collectivité et le patriotisme est exigé de chacun. Dans le même temps, une dynamique économique particulière voit le jour : les décisions se prennent dans un temps accéléré et devant des horizons marqués par une grande incertitude, les dépenses publiques augmentent de façon considérable et beaucoup d’argent est injecté dans le système. En conséquence, les gains, souvent élevés, peuvent être réalisés à faible coût par des acteurs individuels dans certains secteurs (notamment les fournitures aux armées). Les réseaux d’influence employés pour obtenir de tels résultats ont une importance cruciale. C’est surtout après les guerres perdues que les succès des profiteurs de guerre paraissent inadmissibles aux yeux d’une majorité. Sont alors visées des marges bénéficiaires jugées exorbitantes et des gains spéculatifs, considérés comme d’autant plus scandaleux qu’ils ont pu être réalisés sur fond de pénuries. La thématique de « l’argent immoral » rencontre de ce fait un écho considérable qui invite à prendre toute la mesure de l’importance des sorties de guerres, au-delà des phases de guerres envisagées stricto sensu.

Les communications pourront porter sur différents registres.

En premier lieu, sur les débats publics autour de l’argent immoral et les pratiques dissimulées, aussi bien pour la guerre de 1870-1871 que pour la Grande Guerre et ses suites, mais aussi pour la seconde guerre mondiale et ses suites, spécialement en dehors du cas français. Enfin, d’autres conflits pourront être envisagés. La question des indemnités comme des réparations et les controverses comme les scandales qu’elles engendrent pourra faire l’objet de contributions spécifiques.

En second lieu, il s’agira d’analyser les institutions qui ont pris en charge, au plan judiciaire politique et parlementaire le traitement de cette question. Un accent particulier pourra être porté sur les commissions d’enquêtes parlementaires qui se sont constituées à cette occasion.

En troisième lieu, même si l’objet est rendu très délicat, en particulier pour le cas français à cause de l’absence de normalisation des comptabilités d’entreprises (le plan comptable ne fut créé qu’en 1941), il conviendra de chiffrer le montant de ces bénéfices tant au niveau des entreprises que des branches.

 

Sélection scientifique :

Les propositions de contributions ne pourront pas excéder 1500 signes. Elles devront être envoyées jusqu’au 1er mars 2018 à frederic.monier@univ-avignon.fr et olivierdard@orange.fr. Ces propositions pourront être envoyées en anglais et en français.

Un comité scientifique composé de Olivier Dard, Jens Ivo Engels, Silvia Marton, Cesare Mattina, Frédéric Monier et Gemma Rubi sélectionnera les propositions qui seront retenues.

 

Organisation pratique :

Le colloque aura lieu les 29 et 30 mai à la maison de la recherche de l’université Paris-Sorbonne. Les voyages et hébergements des intervenants seront pris en charge.

 

Fichier à télécharger : Appel Argent immoral rev Frédéric
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Chaire d’excellence : Silvia Marton (axe 2)

Silvia Marton est maître de conférences à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest et membre correspondant du Centre Norbert Elias (UMR 8562). Elle a été boursière du New Europe College-Institut for Advanced Studies de Bucarest et du Wissenschaftskolleg zu Berlin, ainsi que professeur invité à l’EHESS et à l’Université d’Avignon.

Elle est spécialiste de la construction de l’Etat-nation en Roumanie et dans l’Europe de l’Est. Elle co-dirige, avec Constanța Vintilă-Ghițulescu, le Groupe de Recherche sur l’Histoire Politique et Sociale des XVIIIe-XIXe siècles dans le cadre du New Europe College-Institut for Advanced Studies, Bucarest.

Elle a notamment publié La construction politique de la nation. La nation dans les débats du Parlement de la Roumanie, 1866-1871 (Iasi, Institutul European, 2009), et récemment « Republica de la Ploiești » și începuturile parlamentarismului în România (Bucarest, Humanitas, 2016). Elle achève la co-direction, avec Frédéric Monier et Olivier Dard, de l’ouvrage «Plus rien dans sa sacoche » : moralité du pouvoir et corruption en France et en Roumanie, XVIIIe-XXe siècles (Paris, PUPS), à paraître fin
2017. La liste complète de ses travaux est disponible ici.

Elle participe aux activités de l’axe 2 d’octobre à décembre. Elle y donnera notamment un cycle de six conférences sur la construction des Etats dans les Balkans et en Europe centrale, le mardi, de 18h à 20h (28 rue Serpente, salle D040) :

Mardi 17 octobre
Cartes mentales, géographies réelles et imagées. « Découverte » de l’Europe de l’Est et des Balkans. Penser les « périphéries ». Identités pré-nationales

Mardi 14 novembre
La « renaissance » nationale. Nouvelles identités, nouvelles questions – « Européens », « orientaux » (1821, 1848)

Mardi 21 novembre
Régimes politiques et exercice du pouvoir : le constitutionalisme libéral. Les parlements (partis, élections, représentation politique). Les nouvelles formes de la « généralité » politique : bureaucratisation, rationalisation et massification de la politique.

Mardi 28 novembre
Inclure pour mieux exclure. L’antisémitisme. La « question agraire ». Les difficultés de l’émancipation sociale et politique

Mardi 5 décembre
Le triomphe du nationalisme politique. La crise macédonienne. Les guerres balkaniques. 1914-1920

Mardi 12 décembre
Débats historiographiques récents : que reste-t- il des « exceptionnalismes » dans les Balkans et en Europe centrale ?

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