Le chantier cathédral en Europe

Diffusion et sauvegarde des savoirs, savoir-faire et matériaux du Moyen Âge à nos jours

Institut national du Patrimoine, auditorium Colbert, 2 rue Vivienne, 75002 Paris 23-25 octobre 2019
Entrée libre, dans la limite des places disponibles

 

Ateliers de la cathédrale de Nidaros, Trondheim (Norvège). © Henning Groett, 2015

 

 

Après l’inclusion des savoir-faire de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg à l’Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel en France (2017), la reconnaissance de la démarche de sauvegarde des savoirs, des compétences techniques et des pratiques sociales des ateliers de cathédrales a progressivement fédéré les ateliers de cinq pays européens (Allemagne, Autriche, France, Norvège, Suisse). En mars 2019, ils ont déposé auprès de l’UNESCO, pour le Registre des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, une candidature commune : « Les techniques artisanales et les pratiques coutumières des ateliers de cathédrales, ou Bauhütten, en Europe : savoir-faire, transmission, développement des savoirs, innovation ».

Ces dix-huit ateliers se consacrent tous à la préservation de cathédrales et de grands édifices, ainsi qu’à la recherche, à la documentation et à la transmission des savoirs associés. Comme d’autres en Europe, ils forment un réseau transfrontalier et vivant au sein de la plus large association européenne d’architectes et de responsables d’ateliers de cathédrales, le Dombaumeister e.V., fondé en 1988, qui promeut la transmission du travail en atelier et les pratiques qui y sont mises en œuvre. Ces ateliers abritent une communauté de travail, mais aussi une communauté vivante avec ses rituels, ses fêtes et des formes de communication bien établies. Ils conservent les traditions coutumières des ouvriers du bâtiment, ainsi qu’une mine de connaissances intellectuelles et techniques, transmises à la fois oralement, d’artisan à artisan, par l’imitation et l’observation, et par écrit, grâce à de nombreuses archives en particulier.

L’existence de ces chantiers permanents autour des cathédrales a préservé des techniques artisanales, un savoir traditionnel ou nouvellement acquis et des coutumes liées à la construction et à la préservation d’édifices nécessitant un entretien constant. Elle a aussi créé les conditions d’une transmission des techniques, des formes et des thèmes et d’une circulation et d’une émulation des savoirs à grande échelle. Ces deux dernières décennies, les avancées de la recherche en histoire de l’architecture et en histoire et anthropologie des techniques ont fait sensiblement progresser les connaissances sur l’institution des chantiers de cathédrales, sur le fonctionnement des métiers en leur sein et sur la circulation des savoirs et des hommes d’un chantier à l’autre. Les travaux ont cherché aussi à expliciter les causes et les conséquences, au plan politique, culturel, économique, mais aussi administratif et statutaire, de ces transferts techniques et artistiques sur la production architecturale, puis sur l’histoire de la restauration monumentale, à l’échelle européenne. Pour autant, il n’en a été proposé que peu de synthèses à l’échelle européenne, surtout sur le temps long, y compris jusqu’à nos jours, pour en faire émerger les constances et les ruptures, les points de convergence et les spécificités, et ainsi mieux qualifier le contexte d’élaboration de la culture architecturale et technique autour des cathédrales européennes, replacées dans leur contexte.

Les contributeurs de ce colloque européen étudieront durant ces trois jours la spécificité du fonctionnement des chantiers et des métiers impliqués dans la construction des cathédrales hier et dans leur restauration aujourd’hui ; ils mettront en valeur les sources, écrites ou figurées, autorisant la recherche en ces domaines et la façon dont elles ont été exploitées ces toutes dernières décennies ; enfin, ils questionneront les phénomènes de circulation et d’échanges des savoirs et des compétences que l’on connaît depuis le Moyen Âge autour des chantiers des cathédrales et ces pratiques de conservation inscrites dans un processus de transfert durable des connaissances.

 

PROGRAMME DÉTAILLÉ

 

Mercredi 23 octobre 2019

9 h 00 | Accueil des participants

9 h 30 | Discours d’ouverture du colloque

— Philippe BARBAT, directeur général des Patrimoines, ministère de la Culture

— Dany SANDRON, professeur d’histoire de l’art Sorbonne Université/Centre André-Chastel, responsable de l’axe Histoire de l’art du labex EHNE, membre de l’Observatoire des patrimoines

— Wolfgang ZEHETNER, architecte en chef de la cathédrale de Vienne, président du Dombaumeister e.V.

10 h 15 | Communication introductive : Savoir-faire et pratiques des ateliers de cathédrales aujourd’hui : un projet européen pour un patrimoine immatériel en partage, Isabelle CHAVE, conservateur en chef, adjointe au chef du département du Pilotage de la recherche et la Politique scientifique, direction générale des Patrimoines, ministère de la Culture
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Présidence de séance : Isabelle CHAVE, direction générale des Patrimoines, ministère de la Culture

L’administration des chantiers : une question de période et d’aire géographique

11 h 00 | Les cathédrales dans leur diocèse au Moyen Âge, un cadre privilégié de la transmission des savoir-faire, Dany SANDRON, professeur d’histoire de l’art, Sorbonne Université

11 h 30 | Les chantiers de cathédrales et l’État royal. Les dossiers de la Commission des secours : un laboratoire patrimonial à la fin de l’Ancien Régime, Mathieu LOURS, docteur en histoire, enseignant en histoire de l’architecture, Université de Cergy-Pontoise

12 h 00 | Le rétablissement des ateliers de cathédrales, ou Bauhütten, aux XIXe et XXe siècles en Europe, Marco SILVESTRI, M.A., collaborateur scientifique, Chaire du patrimoine culturel matériel et immatériel, Université de Paderborn

Échanges avec le public

Présidence de séance : Barbara SCHOCK-WERNER (sous réserve), Zentral Dombau-Verein de Cologne / Dombaumeister e. V.

Des ateliers de cathédrales en Europe

14 h 00 | Cathédrales Notre-Dame de Strasbourg et Saint-Étienne de Metz

Le chantier cathédral de Strasbourg et la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame : une institution multiséculaire au chevet de la cathédrale, Sabine BENGEL, historienne de l’art, Fondation de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg

— Metz : dernière tentative d’achèvement d’une cathédrale du Deuxième Empire, RafaëlFlorian HELFENSTEIN, architecte du patrimoine, doctorant en histoire de l’architecture, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne/École de Chaillot

Une tradition rhénane contraire à la pratique administrative française : le sort des chantiers des cathédrales de Strasbourg et de Metz après le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, Nicolas LEFORT, docteur en histoire, Université de Strasbourg, chercheur associé EA 3400 ARCHE

15 h 10 | Cathédrale Saint-Étienne de Vienne

Le « Wiener Bauhütte » : continuité et changement du Moyen Âge à nos jours, Franz ZEHETNER, archiviste de la loge des bâtisseurs, Cathédrale Saint-Étienne de Vienne

Échanges avec le public et pause

Présidence de séance : Wolfgang ZEHETNER, Dombauhütte St. Stephan, Vienne/ Dombaumeister e. V.

16 h 00 | Cathédrale Saint-Pierre de Cologne

Histoire du « Kölner Bauhütte », Matthias DEML, historien de l’art, Cathédrale Saint-Pierre de Cologne

La numérisation des processus de travail au « Kölner Dombauhütte », Dr.-Ing. Albert DISTELRATH, architecte, Cathédrale Saint-Pierre de Cologne

16 h 40 | Cathédrale Saint-Guy de Prague

Disparitions, réouvertures et clôtures du chantier cathédral de Prague (1419-1933), Ph Dr Klára BENEŠOVSKÁ, Institut d’histoire de l’art de Prague, Académie des sciences de la République tchèque – Département de l’art médiéval

La cathédrale Saint-Guy de Prague : le chantier au Moyen Âge, la restauration aujourd’hui, Ing. Arch. Petr CHOTĔBOR, architecte/restaurateur, Cathédrale Saint-Guy de Prague

17 h 10 | Cathédrale Notre-Dame de Lausanne — La cathédrale de Lausanne, XIXe-XX siècles : naissance et devenir d’une fabrique publique, Christophe AMSLER, architecte epf

 

Jeudi 24 octobre 2019

Présidence de séance : Christian FREIGANG, Université libre de Berlin

Le chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris : hier et aujourd’hui

9 h 30 | Le chantier de Notre-Dame de Paris au XIIIe siècle, Stephan ALBRECHT, directeur du Centre d’études médiévales, Université de Bamberg

10 h 00 | Quelle recherche autour de l’édifice et du chantier de restauration de Notre-Dame ?, Pascal LIÉVAUX, conservateur général, chef du département du Pilotage de la recherche et de la Politique scientifique, direction générale des Patrimoines, ministère de la Culture, et Philippe DILLMANN, directeur de recherche au CNRS, chargé de mission pour le chantier scientifique CNRS/Ministère de la Culture « Notre-Dame »

10 h 30 | Savoirs d’hier et sciences d’aujourd’hui : conserver, restaurer et étudier Notre-Dame après l’incendie, Aline MAGNIEN, directrice du Laboratoire de recherche des monuments historiques

Échanges avec le public et pause

11 h 20 | Un écosystème numérique pour mémoriser, dans l’espace et dans le temps, le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris, Livio DE LUCA, architecte, directeur de recherche CNRS, directeur de l’UMR Modèles et simulations pour l’architecture et le patrimoine (MAP)

11 h 50 | Le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris aujourd’hui, Philippe VILLENEUVE, architecte en chef des Monuments historiques

Échanges avec le public

Présidence de séance : Pascal LIÉVAUX, direction générale des Patrimoines, ministère de la Culture

Les supports de la pensée technique : dessins et lapidaires

14 h 00 | La mémoire graphique des chantiers des cathédrales. Statut et sort des dessins d’architecture de la fin du Moyen Âge en France, Étienne HAMON, professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge, Université de Lille, UMR 8529 / Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHiS), Lille

14 h 30 | Le corpus des dessins d’architecture de la cathédrale de Milan, Jessica GRITTI, professeur affilié d’histoire de l’architecture, et Francesco REPISHTI, professeur d’histoire de l’architecture, Département d’architecture et d’études urbaines, Politecnico de Milan

15 h 00 | Restaurer les cathédrales en France au XIXe siècle : un chantier archivistique et son apport à l’histoire monumentale, Maïwenn BOURDIC, archiviste, responsable de fonds aux Archives nationales (France)

Échanges avec le public et pause

16 h 00 | Les carnets de l’architecte Louis Jarrier (1862-1932), une contribution au chantier cathédral de Notre-Dame de l’Assomption de Clermont-Ferrand, Mathilde LAVENU, maître de conférences Tpcau, membre Ressources-ENSA CF:/Chec-UCA, École nationale supérieure d’architecture de Clermont-Ferrand

16 h 30 | Les collections lapidaires du Palais synodal de Sens, un ensemble majeur à redécouvrir, Michaël VOTTERO, conservateur régional adjoint des Monuments historiques, DRAC Bourgogne-Franche-Comté, et Lydwine SAULNIER-PERNUIT, conservatrice déléguée des Antiquités et Objets d’art de l’Yonne / Trésor de la cathédrale de Sens

17 h 00 | Les dessins d’architecture du XIXe siècle de l’atelier de la cathédrale d’Ulm dans le contexte du réseau moderne des ateliers, Sabine TOMAS, M.A., collaboratrice scientifique, Chaire du patrimoine culturel matériel et immatériel, Université de Paderborn

17 h 30 | Les procédés de dessin des éléments en pierre des voûtes complexes du gothique tardif : la synthèse des savoirs historiques et techniques au sein d’un projet collaboratif entre université et atelier de cathédrale, Prof. Dr.-Ing. David WENDLAND, chair of Construction History, BTU Cottbus-Senftenberg, et Frédéric DEGENÈVE, responsable de l’Atelier de la fondation de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg
Avec projection commentée du film Late Gothic vaults and their complex stone members

 

Vendredi 25 octobre 2019

Présidence de séance : Philippe BERNARDI, Centre national de la Recherche scientifique

Les détenteurs de savoir-faire techniques, du Moyen Âge à nos jours

9 h 30 | Transformations de la stéréotomie des voussures de portails et processus techniques complexes de construction à la fin du Moyen Âge, Jean-Marie GUILLOUËT, maître de conférences HDR en histoire de l’art médiéval, Université de Nantes / Centre François-Viete d’épistémologie et d’histoire des sciences et des techniques (EA 1161)

10 h 00 | « Unis, vous grandirez toujours ». Histoire, mythes et fantasmes à propos des compagnons du Devoir, Jean-Michel MATHONIÈRE, chercheur indépendant

10 h 30 | De l’arbre à la nef : savoir-faire/savoir être des charpentiers d’Europe, François CALAME, conseiller Ethnologie à la DRAC Normandie / Charpentiers sans frontière

Échanges avec le public et pause

Le développement des savoirs associés à la restauration monumentale

11 h 15 | Les enjeux des travaux à la cathédrale de Strasbourg, entre restauration et conservation, Pierre-Yves CAILLAULT, architecte en chef des Monuments historiques

11 h 45 | La cathédrale Saint-Lazare d’Autun : regard sur un cycle de chantier de 30 ans, Frédéric DIDIER, architecte en chef des Monuments historiques

Échanges avec le public

Présidence de séance : Dany SANDRON, Sorbonne Université / Centre André-Chastel / LabEx EHNE

Modalités et réseaux de circulation des savoirs

14 h 00 | Retour sur l’institutionnalisation des premiers ateliers dans l’espace germanophone (jusque vers 1520), Stefan BÜRGER, professeur d’histoire de l’art, Julius-MaximiliansUniversität de Würzburg

14 h 30 | Les chantiers des cathédrales du nord-ouest de l’Italie à la fin du XVe siècle : le processus de transformation du Moyen Âge, Prof. Silvia BELTRAMO, Dipartimento interateneo di Scienze, Progetto e Politiche del Territorio DIST, Politecnico de Turin

15 h 00 | La cathédrale Notre-Dame de l’Assomption à Lucera : un chantier de rencontre des artisans locaux et des artisans d’outre-Alpes, Arianna CARANNANTE, doctorante de recherche, Université Sapienza de Rome / Sorbonne Université – Centre André-Chastel

15 h 30 | « Lorsque j’estois mandé en Hongrie… ». Circulations des hommes, circulations des modèles dans l’Europe gothique : un espace organisé ?, Yves GALLET, professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge, Université Bordeaux Montaigne

Échanges avec le public et pause

16 h 15 | L’Association européenne des Dombaumeister, Münsterbaumeister et HüttenmeisterDombaumeister, Wolfgang ZEHETNER, architecte en chef de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne, président du Dombaumeister e.V.

16 h 45 | Pour une étude des chantiers des cathédrales gothiques à l’échelle mondiale, Bruno KLEIN, professeur d’histoire de l’art, Université technique de Dresde

Conclusions du colloque, par Isabelle CHAVE

 

 

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2019-2020 : Liens familiaux et institutions disciplinaires

Séminaire du Groupe de Recherche sur les Institutions Disciplinaires (GRID)

“Entre les murs, hors les murs. Revisiter l’histoire des institutions disciplinaires”

Un jeudi par mois de 17h à 20h
Salle S002, Maison de la recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris

 

Prison de Lyon. Femme venant rendre visite à son mari détenu, 1983 © Manuel Vimenet

Séminaire organisé par le Centre d’histoire du XIXe siècle et le LARHRA , avec le soutien de la faculté des Lettres de Sorbonne Université et du Centre d’histoire de Sciences Po

Coordination : Elsa Génard (Centre d’histoire du XIXe siècle – elsa.genard@gmail.com ), Anatole Le Bras (Centre d’histoire de Sciences Po – anatole.lebras@sciencespo.fr ), Mathieu Marly (IRHIS – mathieumarly@orange.fr ), Mathilde Rossigneux-Méheust (LARHRA– mathildemeheust@yahoo.fr), Lola Zappi (Centre d’histoire de Sciences Po – lola.zappi@gmail.com).
Carnet du GRID : https://grid.hypotheses.org/

 

 

Présentation du séminaire


Le séminaire « Entre les murs, hors les murs », initié en 2017-2018, s’inscrit dans le cadre des activités du Groupe de recherche sur les institutions disciplinaires (GRID). Celui-ci s’attache à décloisonner l’étude des institutions disciplinaires, en poursuivant une double perspective. Il adopte d’une part une approche comparative qui interroge la pertinence de penser ensemble des institutions distinctes et de faire dialoguer entre eux des chercheurs qui n’appartiennent a priori pas aux mêmes champs. Il prend d’autre part le parti de travailler à la frontière de ces institutions, c’est-à-dire d’interroger l’ensemble des flux qui traversent leurs murs et de penser tout ce qui se joue à l’interface entre l’intérieur et l’extérieur. Après une première année consacrée à l’analyser des mobilités humaines intra et inter-institutionnelles, le séminaire s’attache depuis 2018-2019 à mettre au jour et à interroger le rôle des liens familiaux dans l’expérience des institués et dans le fonctionnement des institutions en Europe à l’époque contemporaine.
Pourquoi donner une telle place aux liens familiaux pour écrire une histoire renouvelée des institutions disciplinaires ? Ce choix part d’abord d’un constat archivistique : travailler sur les liens familiaux relève presque de l’évidence tant les sources institutionnelles regorgent de correspondances familiales. A ce titre, l’importance de cette présence familiale peut être envisagée autant comme un élément de rapprochement que comme un vecteur de différenciation entre les institutions. Le choix de cette thématique répond ensuite à une insatisfaction épistémologique, face à un récit historique réducteur sur la « solidarité familiale », censée décliner avec l’institutionnalisation des populations. Dans le prolongement des travaux récents de sociologues ou d’anthropologues, qui nuancent cette opposition entre famille et institution, le séminaire invite plutôt à identifier les logiques de complémentarité et d’interpénétration entre les sphères familiale et institutionnelle. Il soulève ce-faisant une quadruple série de questionnements.

1. Travailler sur les liens familiaux implique en premier lieu de se demander ce qu’est une famille pour l’institution. Quelles sont les formes de parenté privilégiées par les acteurs institutionnels, et quelles personnes sont écartées de ces définitions de la famille ? Dans une perspective similaire, il s’agit de s’interroger sur les types de liens prescrits, entretenus ou encouragés par les institutions, et sur ceux qu’elles considèrent comme portant préjudiciables aux individus qu’elles encadrent. Dans quelles conditions les liens familiaux maintenus par les personnes instituées sont-ils perçus comme des obstacles ou comme des ressources dans la prise en charge institutionnelle ?

2. En faisant le choix d’une approche relationnelle, le séminaire invite par ailleurs à s’intéresser à la nature des liens qui unissent les institués et leurs familles, sans présumer de la teneur des interactions que nous allons trouver dans les sources. Que deviennent les liens familiaux à l’épreuve de l’institutionnalisation d’un tiers ? A quel prix sont-ils maintenus ? La question de la distance entre les institués et leurs proches, qu’elle soit physique ou émotionnelle, choisie ou subie, sera ainsi au cœur de nos préoccupations, de même que les efforts pour la réduire ou l’accroître. Les populations en institution sontelles encouragées à entretenir les liens familiaux ? Quelles sont les stratégies mises en œuvre pour contourner les règlements encadrant les relations épistolaires et de face-à-face ? Qui sont les membres de la famille pourvoyeurs de care et garants du maintien du lien ? A l’inverse, les proches peuvent-ils utiliser l’institution comme un moyen de réguler les conflits internes à la famille, voire de rompre des liens devenus indésirables ?

3. Intégrer la famille dans le jeu institutionnel requiert également d’être attentif à l’influence des liens familiaux sur les trajectoires des institués et d’analyser réciproquement les effets de l’enfermement sur l’organisation familiale. Quelles sont les conséquences sur la structure familiale du placement d’un des membres de la famille ? La question du vide économique ou affectif laissé dans sa famille d’origine par un individu placé en institution est tout aussi centrale, puisqu’elle participe à la compréhension des logiques d’enfermement. Comment les familles interfèrent-elles dans la prise en charge institutionnelle de leurs proches ? L’expérience de l’institution, quelle qu’elle soit, est une expérience familiale. Comment faire face à l’absence d’un proche enfermé, ou au contraire à la solitude de l’institutionnalisation ?

4. La quatrième et dernière série de questions part du constat que certaines institutions vont jusqu’à calquer leur fonctionnement sur un modèle familial idéalisé. Il sera dès lors particulièrement intéressant de mesurer la pénétration du schéma familial dans l’organisation de ces communautés humaines disparates. Quel est le rôle de la famille dans la structuration des institutions disciplinaires contemporaines et quelle histoire des relations familiales les archives de ces institutions nous permettent-elles d’écrire ? En faisant dialoguer des spécialistes d’institutions aussi diverses que l’école, la prison, la caserne, l’hôpital psychiatrique, le couvent, le camp de travail ou les colonies familiales, ce séminaire aimerait en définitive contribuer à écrire une histoire de la famille en acte(s) et participer aux renouvellements de ce champ de recherche.

 

 

Programme


Séance 1. Les liens familiaux du personnel surveillant (14 novembre 2019, salle S002)

Amandine Thiry (Université catholique de Louvain / Universiteit Gent) : « Concilier ordre carcéral et ordre familial. Les familles du personnel et l’organisation des prisons belges au XIXe siècle »
Samuel Tracol (Sorbonne Université, Centre d’histoire du XIXe siècle) : « Les relations intimes entre femmes et filles de personnel et la population pénale dans les bagnes de Guyane »

 

Séance 2. Modèles familiaux et familles alternatives (12 décembre 2019, salle S002)

Antoine Rivière (Paris 8, CIRCEFT) : « Les familles nourricières des pupilles de l’Assistance publique parisienne (1870-1940) »
Elsa Neuville (Lyon 2, LARHRA), « Les crèches sauvages et parallèles dans les « années 1968 » : l’enjeu de la place des parents dans l’institution à l’origine de nouveaux modes de garde »

Séance 3. L’institution disciplinaire entre projet familial et projet colonial / Camps, familles et masculinités (9 janvier 2020, salle S002)

Neil Davie (Lyon 2, LARHRA), « Entre peuplement colonial et mise à l’écart. La transportation des jeunes délinquants britanniques vers la Terre de Van Diemen (1820-1850) »
Josselin Tricou (INSERM, CESP / LEGS) : « Re-genrer les familles et la société : des camps pour hommes adultes en non-mixité masculine choisie au sein du catholicisme d’identité »

 

Séance 4. La continuité de la vie de famille (26 mars 2020, salle S002)

Irène Gimenez (Lyon 2/IEP Grenoble, LARHRA) : « Marraine de prison, un lien conjugal alternatif ? Genre et care à l’épreuve de la correspondance d’Alicia »
Anne Jusseaume (Université d’Artois, CREHS) : « Entrer en religion, rester en famille : liens de parenté et vie familiale de part et d’autre du couvent, France, XIXe-premier XXe siècle »

 

Séance 5. Être « sans famille » (23 avril 2020, salle S002)

Julien Hillion (Université d’Angers, TEMOS) : « Seul parmi les « nuisibles ». Vivre sans famille à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer (1880-1911) »
Joris Guillemot (Université du Mans, TEMOS) : « Transferts des malades et éloignement des familles, quels enjeux pour l’institution ? Le cas de Plouguernével »

 

Séance 6. Le devoir de « faire famille » : l’encadrement des liens familiaux dans et hors les murs (14 mai 2020, salle S002)

Albert Garcia (Universitat Pompeu Fabra, Barcelone) : « Military Presidios and Colonial Wars in late 19th-century Spain: « Race », Gender and the Politics of Transatlantic Deportation after Cuba’s ‘Guerra Chiquita’, 1879-1885 »
Marion Fontaine (Université d’Avignon, Centre Norbert Elias) : « Jusqu’où peut aller le paternalisme ? Surveillance et encadrement des familles dans les Houillères nationalisées françaises »

 

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