Appel à communication : Construire l’alliance Les modalités de mise en œuvre de l’engagement de la France dans l’Europe médiane de l’entre-deux-guerres (1917-1939)

Organisation :
– Matthieu Boisdron, Doctorant Sorbonne Université Sirice / Chargé d’enseignement Université de Nantes
– Gwendal Piégais, Doctorant Université de Bretagne occidentale, Brest

Date limite de candidature : 2 novembre 2018

Contact: construirelalliance@gmail.com

Dates : 9-12 octobre 2019

Lieu : CEREFREA / Villa Noël – Bucarest, Roumanie

Alors que le sort des armes reste incertain sur les champs de bataille de la Grande Guerre, de nombreux décideurs politiques et militaires français nourrissent déjà des projets ambitieux pour la France de l’après-guerre, notamment à l’Est. Que cela soit dans le cadre de l’alliance franco-russe, de son soutien au royaume serbe ou de l’oreille attentive prêtée aux revendications indépendantistes au sein de la Double-Monarchie, la France entend projeter son influence diplomatique, militaire et économique en Europe médiane, et en récolter les fruits à l’heure de la victoire. Ces ambitions se concrétisent tout d’abord par des missions politiques et militaires. On peut penser en premier lieu à celle d’Albert Thomas auprès du Gouvernement provisoire russe, puis par la suite à la mission Berthelot en Roumanie, aux missions militaires françaises en Pologne ou auprès de la jeune armée tchécoslovaque. Les premiers ponts entre la France et les nouveaux États de l’Europe médiane sont donc jetés très tôt.

Parallèlement à ces réflexions, dès le 14 août 1920, la Tchécoslovaquie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (SHS) et la Roumanie se promettent une assistance armée en cas d’agression de la Hongrie. Les deux tentatives de restauration manquées de l’ex-empereur Charles à Budapest en mars et octobre 1921 incitent bientôt les trois pays à renforcer leurs liens. Plusieurs accords bilatéraux sont ainsi conclus : entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie le 23 avril 1921, entre la Roumanie et le Royaume SHS le 7 juin 1921, enfin entre la Tchécoslovaquie et le Royaume SHS le 31 août 1922. Mais cette dynamique d’entraide est à relativiser car l’alliance est ouvertement et exclusivement tournée contre le révisionnisme hongrois et, dans une moindre mesure, bulgare. Par conséquent, le Royaume SHS n’est pas protégé contre les revendications italiennes et la Roumanie ne peut compter sur aucune aide face à l’Union soviétique qui revendique toujours activement la Bessarabie. Enfin, la Petite Entente est affaiblie par l’absence de Varsovie qui entretient de bonnes relations avec Budapest et un lourd contentieux avec Prague sur la question du territoire disputé de Teschen (Cieszyn). Toutes bénéficiaires du statu quo post bellum, mais entretenant entre elles des divergences parfois sévères, ces nouvelles puissances régionales avaient intérêt à s’associer à la puissance militaire continentale majeure qu’était la France afin d’empêcher les puissances révisionnistes de remettre en cause le règlement de la paix.

Après la révolution bolchevique de 1917, la France ne peut plus compter sur l’allié russe des premières heures de la Grande Guerre. Elle cherche donc à constituer dans l’Est européen une alliance de revers efficace afin de garantir sa sécurité en cas de relèvement de l’Allemagne. Après quelques hésitations, notamment quant à la politique à suivre vis-à-vis de la Hongrie en particulier et de la zone danubienne en général, elle accompagne le mouvement initié par la Petite Entente et contribue ainsi à l’élaboration de liens diplomatiques, économiques et militaires solides avec les puissances neuves ou refondées qui ont émergé dans le sillage des traités de paix. Déjà liée à la Pologne depuis le 19 février 1921, la France s’allie à la Tchécoslovaquie le 25 janvier 1924. Par les accords de Locarno du 16 octobre 1925, l’Allemagne reconnaît ses seules frontières occidentales. En revanche, concernant ses frontières orientales, elle accepte seulement de signer un traité d’arbitrage avec la Pologne et la Tchécoslovaquie. Cette situation pousse la France à s’engager davantage. Une alliance militaire entre Paris et Prague est ainsi signée le 16 octobre 1925, le jour même de la signature des accords de Locarno. Le 10 juin 1926, la France paraphe un protocole similaire avec la Roumanie avant de faire de même avec le Royaume SHS le 11 novembre 1927.

Néanmoins, les alliances conclues entre la France, les États de la Petite Entente et la Pologne sont de portée très générale et s’avèrent concrètement peu efficientes. Dans ce contexte marqué par une indéniable frilosité à graver dans le marbre des engagements tangibles, comment les responsables des ces pays ont-ils cherché à mettre en musique ces accords diplomatiques ? Si cette thématique a déjà fait l’objet, dès la période considérée, d’une vaste littérature, la question a essentiellement été examinée au niveau des relations bilatérales à haut niveau (chefs de gouvernements, chancelleries diplomatiques…) entre les pays d’Europe de l’Ouest et l’un ou l’autre acteur régional de l’Europe médiane. La transition politique de la fin des années 1980 puis la perspective de l’élargissement de l’Union européenne au début des années 2000 ont fortement contribué à unrenouvellement de ces questions au tournant des années 1990/2000. Depuis lors, l’intérêt porté à ce moment de l’histoire européenne a quelque peu fléchi. Les commémorations annoncées autour de la fin de la Grande Guerre offrent l’occasion de réinvestir ce champ d’étude et cela d’autant plus qu’une nouvelle génération de chercheurs européens, polyglotte, a devant elle le chantier de la mise en dialogue des corpus archivistiques nationaux et de l’analyse de la prise de décision aux échelons intermédiaires de la hiérarchie.

L’objectif de ce colloque est ainsi d’éclairer les initiatives pratiques conjointes entre la France et l’ensemble des pays alliés de l’Europe médiane au cours de l’entre-deux-guerres pour construire de façon concrète l’alliance entre les partenaires. Car ce sont bien leur conjugaison qui forment système. Les propositions de communications devront donc mettre l’accent sur :

  • Les logiques croisées, voire transnationales, à l’œuvre dans la constitution de ce système d’alliance ;
  • Les aspects militaires de ce système d’alliance : les manœuvres conjointes des armées et l’élaboration de schémas tactiques communs, la formation des officiers via les écoles militaires, les échanges de personnels, les interactions entre états-majors, les circulations doctrinales d’emploi des forces et leur réception, la diffusion des publications militaires, la place des langues nationales et de la langue française comme vecteurs de communication ;
  • Les aspects politico-diplomatiques de ce système d’alliance : l’élaboration de plans stratégiques communs, les échanges et la nature des relations entre services de renseignements, la coopération policière pour les affaires communes ;
  • Les aspects industriels et financiers de ce système d’alliance : les cessions ou prêts de matériels militaires, les modalités de leur financement, la constitution d’entreprises communes ou la prise de participations, la compatibilité des matériels et l’articulation de leur utilisation entre pays acquéreurs ;
  • Les aspects techniques de ce système d’alliance : le développement de l’expertise dans la prise de décision, la reconfiguration réglementaire, normative et institutionnelle des jeunes États de l’après 1920, le dialogue et les échanges entre administrations ;
  • Le rôle des acteurs et des réseaux animateurs de ce système d’alliance : diplomates, militaires, hauts fonctionnaires, industriels et financiers, experts et intellectuels, partis politiques… ;
  • La « culture d’alliance » que les pays de l’Europe médiane et la France réciproquement cherchent à construire dans leurs opinions publiques ;
  • Les mémoires de l’alliance entretenues pendant la Guerre froide et dans le cadre de la construction du projet politique européen.

On insistera sur la collaboration de la France avec les puissances membres de la Petite Entente (Tchécoslovaquie, Roumanie, Royaume des Serbes, Croates et Slovènes) – et de ces puissances entre elles –, mais les communications sur les liens avec les autres puissances alliées ou partenaires de la région (Pologne, États baltes et Finlande, Grèce, Turquie), voire avec les puissances révisionnistes (Russie soviétique, Hongrie, Bulgarie) sont évidemment les bienvenues.

Les propositions de communication, d’une page maximum, devront être envoyées, accompagnées d’un CV académique d’une page également en format PDF, pour le 2 novembre 2018 a : construirelalliance@gmail.com. Les contributions se feront essentiellement en français mais les propositions en anglais seront également favorablement accueillies. Toutes les informations pratiques sont disponibles sur le site internet du colloque : https://construirelalliance.wordpress.com.

 

Appel à télécharger : colloque_bucarest_oct-2019

Comité scientifique

  • Balázs Ablonczy, Université Eötvös Loránd (ELTE) de Budapest
  • Krisztián Bene, Université de Pécs
  • Louis Clerc, Université de Turku
  • Olivier Dard, Sorbonne Université
  • Isabelle Davion, Sorbonne Université
  • Frédéric Dessberg, Université Panthéon Sorbonne, Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan
  • Olivier Forcade, Sorbonne Université
  • Jean-Noël Grandhomme, Université de Lorraine
  • Frédéric Guelton, Service historique de la Défense (SHD)
  • Catherine Horel, Université Panthéon-Sorbonne
  • Alexandra Iancu, Université de Bucarest
  • Marek Kornat, Académie polonaise des Sciences
  • Roman Krakovsky, Écoles des hautes études en sciences sociales (EHESS)
  • Christine Manigand, Université Sorbonne Nouvelle
  • Silvia Marton, Université de Bucarest
  • Vojislav Pavlovic, Institut d’études balkaniques de Belgrade
  • Traian Sandu, Université Sorbonne Nouvelle
  • Andrei Sora, Université de Bucarest

Comité d’honneur

  • Élisabeth Du Réau, Université Sorbonne Nouvelle Paris III
  • Istvan Majoros, Université ELTE de Budapest
  • Antoine Marès, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Tomasz Schramm, Université de Poznan
  • Maurice Vaïsse, Sciences Po Paris

Modalités de transport, d’hébergement et de restauration des participants Les frais de transport seront pris en charge selon une limite forfaitaire qui reste à ce jour à définir ; le solde pouvant être couvert par le laboratoire ou l’université de rattachement. L’hébergement sera assuré ainsi qu’une partie de la restauration (les déjeuners ainsi qu’un dîner).

Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedintumblrmail