Journées d’étude de l’équipe « Histoire et historiographie de la Shoah » (CRH-GEHM)

Journées d’étude de l’équipe « Histoire et historiographie de la Shoah » (CRH-GEHM)

organisées par Judith Lyon-Caen, Barbara Lambauer, Florent Brayard et Judith Lindenberg

avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

20-21 octobre 2015

190 avenue de France, 75013 Paris
Salle Jean-Pierre Vernant

L’édition et la publication de « matériaux » et de « documents » tiennent une grande place dans la première historiographie de la Shoah, dominée par l’activité des centres de documentation et commissions historiques créées au lendemain de la guerre. Si ces institutions et les parcours des « survivor historians » commencent d’être bien connus, si les conceptions historiographiques de ces derniers font l’objet d’une relecture attentive, les opérations historiographiques concrètes, la manière de produire de la « documentation » pour faire histoire, d’articuler « documents » et commentaires, de disposer des traces dans une écriture et de les donner à voir, demeurent peu étudiées.

Il ne s’agit pas que d’une simple cuisine historiographique : les « documents » constituaient une ressource fondamentale pour ces historiens qui avaient, pour certains, un lien biographique avec la documentation qu’ils utilisaient et publiaient (parce qu’ils avaient contribué à la sauver, à la collecter, à la conserver) et on sait combien la maîtrise de la documentation put constituer un enjeu institutionnel et politique majeur dans l’après-guerre. Par ailleurs, ces « documents » ne sont pas des écrits stables : comme pour les individus, on peut reconstituer leurs itinéraires, depuis les contextes de leur production jusqu’aux époques de leurs publications, souvent plurielles. Dans ces itinéraires d’écrits, les questions d’auctorialité (qui est l’auteur du témoignage constitué en document ?), de la frontière entre « document » produit pendant la guerre et « témoignage » des lendemains, se trouvent souvent considérablement complexifiées.

On cherchera à rendre compte de cette complexité, qui a pu conduire souvent les historiens des générations suivantes à se tenir à distance de ces corpus de « recueils de documents » qui ne répondaient pas à leurs attentes historiographiques, tant ces volumes semblaient curieusement assemblés, insuffisamment référencés, trop « littéraires », marqués par des questionnements historiographiques problématiques ou erronés, surdéterminés par les luttes politiques de la guerre froide, ou par des logiques de vengeance ou de piété.

La sortie du « document » de l’agenda intellectuel des historiens de la Shoah fait également partie des questions que nous aimerions soulever. En réalité, on n’a jamais cessé de publier des documents, mais différemment, en oubliant ces premiers recueils, ou en les retravaillant sans le dire. Alors que la première époque de l’historiographie suscite un regain d’intérêt, comment publie-t-on des « recueils de documents » aujourd’hui, et selon quels liens avec les entreprises documentaires de l’immédiat après-guerre ? C’est pour répondre à cette question que la première partie de ces journées sera consacrée à l’actualité la plus récente de cette manière spécifique d’écrire l’histoire en publiant des recueils de documents : le volume consacré à l’Europe de l’Ouest de l’entreprise de longue haleine, Die Verfolgung und Ermordung der europäischen Juden durch das nationalsozialistische Deutschland 1933-1945, vient d’être publié. Il sera discuté en présence de deux de ses éditeurs.

PROGRAMME 

Mardi 20 octobre, 14h-16h30 : 
Le projet Die Verfolgung und Ermordung der europäischen Juden. D’une vaste collection de documents à un monument écrit ? 

14h – 15h15

Présidence: Florent Brayard (CRH/EHESS, Paris)

Florent Brayard/Barbara Lambauer/Judith Lyon-Caen : Introduction
Susanne Heim (IfZ Munich-Berlin) : The VEJ Project and the Holocaust Research: Beginnings, Issues and Scholarly Significance.
Nicolas Berg (Fritz Bauer Institute, Francfort/M.) (discutant) : “In German for the Germans” – The Holocaust documentation by Joseph Wulf and Léon Poliakov in the 1950’s.

Pause café

15h30-16h30

Barbara Lambauer (IfZ Munich-Berlin) : Documenting Persecution and Deportation in former Western Democracies. Specifities – common patterns – different outcomes.
Dan Michman (Yad Vashem, Jérusalem) (discutant) : The Genre of Document Collections, the Historiography of the Shoah, and the VEJ: Some Historiographical Remarks.

Mercredi 21 October, 9h – 17h : 
La place et les usages du document dans la première historiographie de la Shoah 

9h-12h30 

Présidence : Catherine Coquio (Paris VII)

9h-11h 

Judith Lyon-Caen : Introduction
Aurélia Kalisky (ZfL, Berlin)/Judith Lindenberg (EHESS) : Nonclassifiable knowledges ?  Status and uses of document in some works of the postwar period (1945-1965)
Dan Michman : Hans Guenther Adler’s Study and the Documentation of Theresienstadt (1955, 1958): Working Through Personal Experiences With the Help of Hard-Core Documentation.

Pause café

11h15-12h45

Katrin Stoll (GHI Varsovie) : Szymon Datner’s practical and professional Holocaust historiography: different attitudes to sources on part of a survivor historian in post-war Poland
Judith Lindenberg/Judith Lyon-Caen (EHESS, Paris) : « Documents for History ». Editorial practices and politics of the Krakow’s Jewish Historical Commission, 1946-1947.

Déjeuner 

13h45- 15h30 

Présidence : Barbara Lambauer 

Ingo Loose (IfZ Munich-Berlin) : Jakub Poznański’s Diary from the Lodz Ghetto.
Laurent Joly (CRH/CNRS) : Les recueils de documents du Centre de Documentation Juive Contemporaine.
Loïc Marcou : Premiers documents sur l’Holocauste en Grèce.
Pause café

16h-17h 

Discussion générale

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