Appel à communication: Colloque international « Espace public européen : histoire et méthodologie » (Paris, 9-10 octobre 2014)

Proclamation de la République romaine, le 27 pluviose, an VI : [estampe] / dessiné par Carle Vernet ; gravé à l
Proclamation de la République romaine, le 27 pluviose, an VI: [estampe] / dessiné par Carle Vernet ; gravé à l’eau forte par Duplessi-Bertaux ; terminé par Delaunay jeune. Source: gallica.bnf.fr
Au cours des soixante dernières années, l’Europe s’est construite comme espace politique, juridique et économique. A travers un long parcours, scandé par plusieurs accords, traités, rencontres, débats, des institutions supranationales communes ont été créées, des politiques économiques communautaires ont été mises en place, un droit communautaire a été établi et appliqué.

A partir du traité de Paris (18 avril 1951), les premières institutions supranationales et politiques communes ont été mises en place. A l’heure actuelle, un Conseil européen, qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de l’Union, fixe les grandes orientations politiques générales. Un Parlement – élu au suffrage universel et devant lequel les citoyens peuvent présenter des pétitions – exerce le pouvoir législatif avec le Conseil de l’Union, organe qui représente les Etats membres. Une Commission européenne, créée en 1958 et qui se compose d’un commissaire par Etat membre, est l’organe exécutif de l’Union et détient le monopole de l’initiative législative. La Cour de justice de l’Union européenne, créée en 1952, et dont les arrêts s’imposent à l’ensemble des Etats membres de l’Union, veille à l’application des traités européens et à l’interprétation uniforme du droit communautaire.

L’Europe s’est constituée aussi en tant qu’espace économique. Depuis la création d’un marché commun (Traité de Rome, 25 mars 1957),  est entré en vigueur un système monétaire européen (5 décembre 1978), et la libre circulation des capitaux (1er juillet 1990 ). En 1998 a été créée une Banque centrale chargée de définir et mettre en œuvre la politique monétaire de l’Europe où, depuis le 1er janvier 2002, l’euro est devenu la monnaie circulante. Les mesures anti-crise pour la zone euro adoptées par le Conseil européen en 2010 sont la plus récente preuve de l’indéniable existence d’un espace économique européen.

Entre la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe, l’Europe a acquis donc – non sans difficultés – une dimension politique et économique de plus en plus définie, identifiable comme « européenne ». Cependant, ce processus n’a pas été accompagné par la construction d’une espace public européen.

La volonté de constituer une Europe qui ne se limite pas à sa dimension politique, juridique et économique, faisait néanmoins partie des propos des ses pères fondateurs, qui voulaient créer en Europe un espace culturel commun, reconnu comme tel par ses citoyens. La création, en 1949, du Conseil d’Europe, organe pensé pour favoriser la prise de conscience d’une identité culturelle européenne occidentale, a été le premier pas fait en cette direction.

Même si par la suite, dans la construction de l’Europe, les aspects économiques et politiques ont été privilégiés, le projet de créer un espace public européen n’a jamais été oublié. Le Traité de Maastricht rappelle la vocation de l’Union à permettre « l’épanouissement des cultures des Etats », mais il met également en évidence leur « héritage culturel commun ». La Constitution européenne (2004), dans son préambule, précise que l’Europe veut demeurer un continent ouvert à la culture en s’inspirant de ses héritages humanistes.

Sur le plan concret, des politiques de coopération culturelle ont été mises en place au fil des années. Les programmes de recherche européens, les programmes de mobilité étudiante (Erasmus), la reconnaissance des diplômes dans tous les Etats de l’Union visent au développement d’un culture commune, en laissant aux différents Etats la liberté de définir leur propre politique culturelle dans la richesse de leur diversité. De plus, la nouvelle politique de communication de l’Union Européenne vise de façon explicite à créer un espace public européen, avec la mise en place de programmes de recherche et d’autres initiatives. Par exemple, en 2001, la Commission européenne a mis en place un groupe de travail sur l’ « Espace public européen » lors de la préparation du Livre blanc sur la gouvernance.

En dépit de cette volonté et de ces initiatives, un espace public européen n’existe pas encore, ce qui fragilise, indirectement, l’Europe politique et économique.

La question de l’espace public européen a suscité de vifs débats au sein de la communauté scientifique.

Face à la formation d’un espace politique et économique européen, plusieurs analystes des politiques publiques ont remarqué que la formation d’une espace public – dans la définition donnée par Jürgen Habermas de «  processus au cours duquel le public constitué d’individus faisant usage de leur raison s’approprie la sphère publique contrôlée par l’autorité et la transforme en une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État » (Strukturwandel der Öffentlichkeit, 1962) – ne s’est pas constitué d’un façon également uniforme au niveau européen.

Certains, comme le sociologue espagnol Victor Pérez-Diaz, tout en admettant l’absence d’un espace public « central », ont remarqué l’existence en Europe d’espaces publics sectoriels, qu’ils considèrent comme le signe qu’un espace public européen central est destiné à se constituer dans le futur proche (« la sociabilité croissante que connaissent les peuples de l’Europe produit déjà une association civile européenne et produira à terme un espace public », Victor Pérez-Diaz art. 1998).

Depuis quelque temps la communauté scientifique a commencé à débattre, de façon plus générale, autour de l’interprétation et de la valeur de la notion d’espace public européen. Nombreux sont les spécialistes qui mettent en cause l’intérêt heuristique de ce concept, qui, élaboré dans un cadre national, a été souvent utilisé sans recul par les philosophes et les sociologues. Certains mettent par conséquent en discussion la pertinence da la notion d’espace public européen (cf. Eric Dacheux, « Nouvelle approche de l’espace public européen », 2008).

Dans les temps les plus récents, l’approche exclusivement politique généralement donnée à la notion d’espace public a été critiquée. Celle-ci serait en effet trop proche de l’« agora » de la Grèce antique. Le philosophe Daniel Innerarity, par exemple, affirme qu’il faudrait voir l’espace public contemporain comme quelque chose de pluriel et d’inachevé, respectueux de la complexité de notre société actuelle et différent, pas conséquent, de l’espace public homogène et fondé sur le consentement qui caractérise l’idée de communauté dans l’Antiquité.

A l’heure actuelle où, à travers internet et les réseaux sociaux, l’espace public européen est en train de se reconfigurer, le moment paraît être venu pour une réflexion globale – à la fois historique et méthodologique –  autour de cet espace.

Quand un espace public européen est-il paru pour la première fois  dans l’histoire ? Quels ont été les institutions, les événements, les procès qui à partir du Moyen Age, ont permis de concevoir et percevoir l’Europe comme espace public ? Comment et par qui a été occupé l’espace public en Europe aux différents moments de l’histoire ? Dans quelle mesure les découvertes géographiques et la rencontre avec d’autres cultures ont renforcé la perception de l’Europe en tant qu’espace commun et public ? Comment l’espace public européen va-t-il se configurer dans l’avenir ? Comment appréhender, du point de vue méthodologique, l’espace public européen ? Quelle est l’actualité de la définition donnée par Habermas il y 50 ans ? Selon quelle perspective orienter les recherches dans l’avenir ?

Ce colloque international et interdisciplinaire se propose d’explorer toutes les dimensions de cette problématique, dans une démarche à la croisée de l’histoire, de la sociologie, l’anthropologie et de la philosophie.

Il sera organisé autour de deux thématiques:

  1. L’espace public européen dans l’histoire (Moyen Age- XXIe siècle)
  2. Méthodologique : comment appréhender l’espace public européen ?

Les propositions d’une page maximum, accompagnées d’un CV d’une page maximum, sont à envoyer à Corinne DORIA et à Gérard RAULET par email avant le 30 avril 2014 aux adresses suivantes: corinne.doria@gmail.com; gerard.raulet@paris-sorbonne.fr.

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Participation du LabEx EHNE au colloque « L’Image en lumière: histoire, usages et enjeux de la projection »

Affiche de l’atelier-archives du lycée Colbert
Affiche de l’atelier-archives du lycée Colbert

Anne-Julie Lafaye, post-doctorante de l’axe 7 du Labex EHNE, et Laurence Girodano professeur d’histoire-géographie au lycée Colbert dans le Xe arrondissement de Paris, présenteront une communication portant sur « Les projections comme pratique pédagogique : le fonds de vues sur verre du lycée Colbert, Paris » lors du colloque « L’Image en lumière : histoire, usages et enjeux de la projection » qui aura lieu les 22 et 23 mai prochains à l’Université de Montréal.

Les vues sur verre du fonds Colbert, au nombre de presque 2000, ont pour sujet des paysages urbains et ruraux français, européens et d’ailleurs, et parfois les habitants de ces pays. Elles offrent un témoignage inédit sur le monde tel qu’il était vu – présenté au public – dans la France de la Belle Époque. Elles illustrent également le développement, à partir de la fin du XIXe siècle, de l’utilisation d’images projetées en tant que matériel pédagogique.

Vue sur verre du fonds Colbert numérisée : ‘Cracovie, la Vistule et le Zameck’, éditeur : Radiguet et Massiot.
Vue sur verre du fonds Colbert numérisée : ‘Cracovie, la Vistule et le Zameck’, éditeur : Radiguet et Massiot.

L’objet de la communication sera de présenter les enjeux de l’exploitation et de la valorisation du fonds Colbert, effectués dans le cadre d’un partenariat entre le lycée Colbert et le LabEx EHNE. Enjeu scientifique bien sûr,  avec les recherches sur l’origine du fonds, le contexte de sa constitution et les débuts des projections lumineuses dans un cadre scolaire. Enjeu pédagogique également, à travers dès maintenant le travail des élèves du lycée sur les plaques de verre et l’élaboration d’un blog et d’une exposition dans le cadre d’un atelier-archives. Ce double enjeu nous permettra d’envisager enfin une réflexion sur l’évolution de l’image projetée dans le monde de l’enseignement : de la projection de vues sur verre à l’usage de l’outil informatique, par le biais duquel les élèves étudient et valorisent aujourd’hui ces dernières.

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Participation du LabEx EHNE au colloque « Patrimoine et Humanités numériques »

“Prague, la nouvelle ville prise du belvédère” Radiguet&Massiot, n°33341, Fonds Colbert.
“Prague, la nouvelle ville prise du belvédère” Radiguet&Massiot, n°33341, Fonds Colbert.

Laurence Giordano (Lycée Colbert), Delphine Diaz (LabEx EHNE) et Frédéric Clavert (LabEx EHNE) interviendront au colloque Interdisciplinaire « Patrimoine et Humanités numériques » organisé par Cécile Meynard (MSH-Alpes/Université Stendhal-Grenoble3), Thomas Lebarbé (Université Stendhal-Grenoble3) et Sandra Costa (Université Pierre Mendès-France). Le colloque aura lieu les 10 et 12 juin 2014, à l’amphithéâtre de la MSH-Alpes, Grenoble.

Le LabEx EHNE a pour ambition de publier une encyclopédie en ligne à destination d’un vaste public. Ce projet – qui se rattache à la notion états-unienne de public history – bénéficiera de l’exploitation d’un fonds photographique datant de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle, découvert par Laurence Giordano, enseignante en histoire, au lycée Colbert (Paris). Il s’agit de près de 2 000 photographies sur plaques de verre, issues de la collection Radiguet et Massiot. Représentant l’Europe et le monde à la Belle Époque, ces plaques étaient utilisées dans un but pédagogique, aussi bien auprès des élèves de l’école primaire qu’était alors l’établissement, que des adultes fréquentant les cours du soir.

La communication du LabEx EHNE décrira les étapes de valorisation de ce fonds iconographique, de son inventaire à son utilisation sur le futur site de l’encyclopédie EHNE, en passant par sa « mise en donnée ». Elle insistera notamment sur les trois points suivants:

    • La patrimonialisation numérique de ce fonds : situé dans un lycée parisien et, ainsi, à l’écart des grands projets de numérisation, ce fonds ne devient patrimoine que par sa découverte et sa numérisation;
    • Son exploitation pédagogique, qui entraîne un travail entre historiens du supérieur / historiens du secondaire et leurs élèves ; un travail autour d’une future exposition itinérante. Ici, la numérisation du fonds est une étape qui fédère l’ensemble de cette démarche à la fois pédagogique et scientifique;
    • Son intérêt, enfin, comme l’un des éléments qui rendront l’encyclopédie intéressante pour un plus grand public.

Le troisième point sera le plus développé, insistant sur l’apport de la démarche numérique dans la valorisation de ce fonds, mais, surtout, de sa transformation en patrimoine.

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Programme 2014: séminaire de la fondation Charles de Gaulle. Le Gaullisme: quelles interprétations?

Direction : Professeur Gilles Le Béguec, président du Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle, professeur émérite à l’université Paris Ouest.
Secrétariat scientifique : David Bellamy (université d’Amiens), Frédéric Fogacci (Paris-Sorbonne).
Le séminaire se déroule à la bibliothèque de la Fondation Charles de Gaulle (5, rue de Solférino Paris 7e).

Jeudi 16 janvier 2014 (17h-19h)

Thème : Le gaullisme : vers de nouvelles interprétations ?
Gille Le Béguec : Introduction générale
David Bellamy et Frédéric Fogacci : Un bilan historiographique

Jeudi 6 février 2014 (17h-18h30)

Thème : Le gaullisme est-il un nationalisme ?
Intervenant : Serge Berstein – Professeur émérite d’histoire à Sciences-Po
Discutant : Jean El Gammal – Professeur d’histoire contemporaine à
l’université de Lorraine

Jeudi 6 mars 2014 (17h-18h30)

Thème : Le gaullisme est-il libéral ?
Intervenant : Dominique Reynié – Professeur de sciences politiques à Sciences-Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique
Discutant : Jérôme Grondeux – Maître de conférences HDR en histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne

Jeudi 10 avril 2014 (17h-18h30)

Thème : La conception gaulliste du rassemblement
Intervenant : Bernard Lachaise – Professeur d’histoire contemporaine à l’université Bordeaux-3
Discutant : Jean-Paul Thomas – Professeur de chaire supérieure au lycée Henri-IV

Jeudi 15 mai 2014 (17h-18h30)

Thème : Le gaullisme est-il un bonapartisme ?
Intervenant : Sudhir Hazareesingh – Fellow and Tutor en sciences politiques du Balliol College de l’université d’Oxford
Discutant : Éric Anceau – Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne

Contact

  • ffogacci [at] free [point] fr
  • david.bellamy [at] u-picardie [point] fr
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Appel à contribution: 1814, les Russes en France: des faits, des imaginaires et des mémoires

Russparis
L’entrée des troupes russes à Paris
  • Dates: Jeudi 16 octobre et vendredi 17 octobre 2014
  • Lieu: Paris
  • Langue de travail: français

L’objet du colloque est de s’intéresser non pas à la campagne de France dans son ensemble, mais à l’invasion du territoire français et aux conséquences de son occupation par les troupes impériales russes.

Il s’agira d’abord, archives diplomatiques et militaires à l’appui, de comprendre pourquoi cette invasion prit place et d’analyser dans quel contexte politique et géopolitique elle se déroula.

On se penchera également sur les modalités concrètes de l’occupation et, en faisant la part belle à des sources publiques et privées (journaux intimes, correspondances….), tant françaises que russes, on s’attachera à rendre compte du déroulement concret de cette occupation : qu’en fut-il du comportement des troupes d’occupation ? des réactions des populations ? à quel vécu et quel ressenti cette rencontre forcée donna-t-elle lieu ?

Enfin on s’intéressera aux perceptions et aux représentations nées de cette confrontation franco-russe, à la mémoire française et russe qu’elle a suscitée et à l’imaginaire littéraire, artistique et politique qu’elle a nourri au fil du XIXe siècle et au-delà.

*

Les propositions d’une page maximum, accompagnées d’un CV d’une page maximum, sont à envoyer au Prof. Marie-Pierre Rey et à Céline Marangé par email avant le 31 mars 2014 aux adresses suivantes : marie-pierre [point] rey [at] univ-paris1.fr ; celine [point] marange [at] univ-paris1 [point] fr.

Télécharger le PDF de l’appel. Pour plus d’information, voir le site du Centre de Recherches en Histoire des Slaves.

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